ANNE

 

Je pense à mon amie atteinte d'une maladie mentale affreuse appelée Corps de Lévy, torturée par des hallucinations et des cauchemars, qui, dans ses moments de lucidité demandait à mourir, se jetait la tête la première de son lit pour se tuer et que l'on attachait pour l'en empêcher ! 

 

Et je pense à ma mère, atteinte d'un cancer de l'oesophage, qui n'était pas à fin de vie mais commençait à souffrir et n'a pas voulu attendre : elle est morte illégalement en absorbant des barbituriques, entourée de ses enfants. Ses derniers mots ont été : "C'est merveilleux, je sens que je m'en vais déjà !" 

 

Et moi, je ne veux pas non plus attendre d'être à fin de vie, ni que des médecins décident à ma place du moment où je veux mourir. C'est une liberté essentielle que je réclame pour tous ceux qui pensent qu'il y a des choses bien pires que la mort : la perte de son autonomie, la maladie mentale, la dégradation du corps et de l'esprit jusqu'à la déchéance. Chacun doit pouvoir choisir de vivre le plus longtemps possible ou de mourir au moment où il le désire. (Je ne parle pas, bien entendu, des cas de dépressions qui poussent au suicide. Mais il y a des manières très simples, me semble-t-il, de s'assurer qu'il s'agit bien d'une volonté lucide et permanente de quelqu'un qui a toute sa raison.)

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