ROSE BLEUE

 

J'ai dans mon âme beaucoup de cas de fin de vie, mais je pense surtout à ma soeur. Victime d'un accident de la circulation elle est restée un an sans bouger sur un lit de maison de rééducation sans pouvoir être bougée en fait.


Ensuite je l'ai ramenée chez nous, chez sa mère et moi puisque son mari ne pouvait pas. Toujours sur un lit, même s'il y avait un peu de kiné.


Je ne parle pas des mots de ma soeur, je ne peux pas en parler. Elle m'a demandé de lui donner la mort, mais je n'ai pas pu. Si j'avais su....le long calvaire qui allait encore suivre à ce moment-là? J'étais très croyante, très légaliste, très...je ne sais pas....Je croyais l'aimer.

 
Sa fille elle aussi était là, elle n'avait pas voulu la mettre en institution. Puis ce fut la bataille du fauteuil roulant (pour en avoir le bénéfice !!!!! Il fallait le prouver, et pour l'y mettre dessus, sans "disjoncter nous mêmes").

 

Un nerf sciatique était coupé totalement et un au trois quart (croyait-on). Toujours est-il que cela a duré douze ans!


Pour avoir la peine de la voir brûlée dans un accident domestique idiot avec de l'eau, en découvrant soi-même un cancer (? enfin une grosseur de 8 kg) que le médecin n'avait même pas trouvé... Puis encore plus loin, plus tard, une hémiplégie, qui l'a empêchée presque de parler...

 

Nous devenions "folles", ma mère, sa fille et moi...enfin façon de parler. 

Désespérée, je suis allée voir un médecin en lui disant qu'elle souffrait beaucoup et qu'elle allait bientôt mourir, si l'on pouvait lui donner de la morphine ? En fait à l'époque (1999) il fallait être en hôpital pour ça, et l'on ne pouvait opérer ma soeur sans la tuer, alors pas de morphine. 

 

Le médecin généraliste, m'a regardé bizarrement et m'a dit mais pourquoi avez vous cru les médecins spécialistes, qui disaient vouloir vous en donner pour elle à  la fin, ils mentaient. 

 

Je me suis mise à genoux, en pleurant - en fait je crois que je ne pouvais plus pleurer- je l'ai supplié, mais rien à faire.

 

J'ai entendu hurler ma soeur de douleur pendant quinze jours. Elle hurlait, mais si on l'opérait à l'hôpital on la tuait par l'anesthésie. Moi je voulais, sa fille non. J'ai respecté son désir.

 
Et puis même, on ne lui donnerait pas de morphine même à l'hôpital sans opération. Nous étions en 1999 ce n'est pas si loin. Moi j'estime que c'était une horreur. Le médecin savait, son spécialiste savait.....mais la morphine, jamais. 


Je jure que cela est vrai. A l'époque la morphine était tabou, et même il n'y avait pas là où j'habitais de soins dis palliatifs, c'est à dire avec morphine à la fin (trois jours) . Moi je sais que ma soeur voulait mourir, elle hurlait. Mais ce n'était pas assez clair je suppose comme volonté clairement exprimée ? Du di antalvic et du spasfon, c'est tout ce que elle avait ! J'aurais aimé qu'il y ai un service d'euthanasie, et je pense que ma soeur l'a assez clairement hurlé !

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