LECOMTE

 

A mon papa né en 1910. 

Tu es parti passer des examen à l'hôpital assis dans ton fauteuil roulant, ta petite valise que tu as toujours préparée comme d'habitude, sur les genoux. Tu as travaillé très tôt à la ferme, plusieurs accidents aux genoux.  Avec l'âge, ils ont conduit à la pose des premières prothèses nouvellement inventées. Tu allais bien.  A cette occasion, deux belles 
Personnes se sont rencontrées.  Merci à ce docteur au grand coeur. 

Une erreur médicale dans un hôpital. ( confusion d'un kyste éclaté derrière le genou avec une phlébite) ta cloué définitivement dans ton fauteuil roulant..malgré un appareillage extérieur. 

Dans ce même hôpital, on t'a laissé tomber du lit alors que tu ne portais pas ton appareillage. Jambe cassée, douleur, administration de morphine trop forte. Tes derniers mots ont été " je vais crever". 

En effet, plus un son n'est sorti de ta bouche, tu ne pouvais plus parler, plus manger. Tu as été conduit EN SOINS DITS PALLIATIFS. On t'a posé une perfusion..tu ne devais pas souffrir, partir rapidement. 

Ton coeur solide en a décidé autrement à la grande surprise du médecin. Pendant 3 semaines, ce fut l'enfer, aucun son ne sortait de ta gorge, mais sans cesse, tu m'as parlé. Que m'as-tu dit ? Tu n'as jamais perdu la tête. Nous avons communiqué avec les sourcils. " Si tu me comprends, lève les sourcils papa", ce que tu faisais, et tu l'as fait de plus en plus faiblement jusqu'à la fin. 

Maman ne voulait pas venir te voir, elle avait peur. Nous allions la chercher lorsque tu étais calme. 

" C'est  maman, si tu la reconnais, lève les sourcils", ce que tu faisais. Dans tes paroles sans son, le regard sans vue ? Que les ombres. (Tu avais peur lorsque je passais la main au dessus de tes yeux). Tu as dû la réclamer et réclamer. 

Papa, tes enfants devenaient fous, tournaient en rond dans ta chambre ne sachant que faire lorsque tu te crispais de douleur de la tête aux pieds en adoptant un masque de mort. Tu recroquevillais tes jambes qui n'avaient plus bougé seules depuis bien longtemps. Ma soeur n'a jamais pu te toucher, tout au long de ton séjour, elle avait peur aussi. 

Est-ce que tu te battais contre un diable lorsque tes yeux effrayés balayaient le plafond de droite à gauche et de gauche à droite à une vitesse extraordinaire ?

 
Lorsque les infirmières venaient changer ta perf à côté de toi, tu sursautais.

 
Il paraît que tu n'avais pas mal ! ! ! !  Alors, pourquoi après de longs jours passés à perdre des forces, tu ne pouvais plus cligner les yeux, avaler ta salive, quand j'ai voulu laver tes lèvres sèches, laisser tomber une goutte d'eau dans ta bouche avec une compresse que j'ai pressée, tu as hurlé me faisant sursauter. Tes yeux non lavés étaient ternis par un dépôt de larmes. Je n'ai pas osé te redonner le peu de lumière que tu pouvais encore capter. 

Pendant 3 semaines, tu as perdu des forces, petit à petit, tu ne pouvais plus lever les sourcils. Tu ne "parlais plus". 

Mon frère, ton fils généreux, aimant, t'a encouragé. 
- Papa, c'est dur.  Demain, tu as 93 ans, il faut que tu y arrives.

 

Il y est arrivé. Nous sommes allés chercher maman, il était calme, méconnaissable.  

"Parle lui maman", je vais voir s'il te reconnaît. 


- Papa, c'est maman si tu la reconnais, essaie de lever les sourcils, il les a faiblement levés et les a gardés ainsi jusqu'à ce qu'elle parte. "Il n'a plus que le souffle", a-t'elle dit en partant. 

Le lendemain, je suis arrivée la première, un peu ralentie par un problème de marche. Trot tard, tu venais de partir à l'instant ! Encore une demi seconde et tu ne partais pas seul, papa. Tu étais épuisé ! Trempé de sueur, mais tu étais en paix. 

Tu ne savais pas que 1 an plus tard, maman, laissée en pleine forme, te rejoindrait subitement, minée par le chagrin. 

Tu ne savais pas qu'une longue maladie incurable (depuis 10 ans) allait miner ton gendre petit à petit.  En ce moment il dort dans son fauteuil, le chat roux que nous avons recueilli dort sur une chaise à côté de lui, comme le tien dormait à côté de toi. Tout est calme. 

Un jour, lorsque tu n'as plus pu marcher, tu avais dit à ton fils, "si c'est pour mener cette vie, autant partir". 

Entre mes frères, soeur, et moi, c'est le silence à ce sujet. J'ai fait un gros effort, je n'en parlerai plus. Reste le présent à vivre. 

Toutes mes pensées affectueuses, de solidarité à la Terre entière qui souffre.

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