MICHEL

Mon épouse, Mireille, a été  victime d'un accident médical, une chirurgie ratée suivie de complications multiples aux conséquences irréparables avec des séquelles neurologiques que l'on appelle des douleurs neuropathiques. 
Ces douleurs, dont on ne connait pas encore le mécanisme, ont trois caractéristiques : 
- elles sont d'une violence inouïe au maximum sur l'échelle de la douleur, 
- elles sont permanentes même au repos, 
- elles résistent  à tous les antalgiques les plus puissants actuellement connus. Rien ne les soulage, pas même la morphine administrée à dose maximum.
Malgré une prise en charge par un centre de la douleur et par un neurologue, malgré de multiples consultations spécialisées et deux hospitalisations, Mireille a été déclarée en échec thérapeutique terme médical qui signifie que son cas est incurable. 
Vivre avec une telle souffrance est impossible. Nous avons progressivement renoncé à tout ce que nous aimions faire ensemble : marcher dans la nature, voyager, sortir au théâtre au cinéma, voir des expositions, recevoir des amis, répondre à des invitations, lire …. Même la vie de famille a été réduite au minimum. Un crève coeur de ne plus pouvoir accueillir nos petits-enfants pendant les vacances et ne plus pouvoir participer aux fêtes familiales.
Après 5 années de calvaire sans espoir de guérison, Mireille n’avait plus qu’une envie : mourir.
Nous devons laisser à chacun la liberté de décider, qu’à un moment donné, sa vie ne vaut plus la peine d’être vécue. Un être humain n’est pas fait pour se contenter de survivre sans raisons d’exister.
Insensibles aux supplications de Mireille, les soins palliatifs refusent de prendre en charge une femme de 60 ans qui n'est ni en fin de vie ni en phase terminale d'une maladie dégénérative connue.
Une personne atteinte d'une maladie inguérissable, lui infligeant une souffrance insupportable, devrait pouvoir faire une demande à son médecin pour bénéficier d'une aide médicalisée pour finir sa vie en douceur. Mais, en France, toute demande d'aide active à mourir dignement est impossible à formuler. Ces malades, abandonnés par la médecine, se trouvent dans une impasse. Rien n’est prévu pour eux, ils sont incompris, ils mettent mal à l’aise, on ne sait pas quoi en faire, on ne sait pas quoi leur dire alors ils sont ignorés. 
La législation française accule ainsi les malades désespérés au suicide dans la solitude. C'est dramatique mais c’est la seule alternative! Il faut mettre fin de toute urgence à cette hypocrisie, à cette cruauté, à cette barbarie qui nous déshonore.
Mireille a envisagé de mettre fin à sa vie elle-même. Elle a d’abord imaginé des moyens de se suicider les plus sordides, les plus abominables les uns que les autres. Tous inacceptables.
 
Les Français sont malheureusement contraints de s'expatrier pour aller chercher la délivrance dans la dignité. C'est avec l'assistance de l’association suisse Life circle et de deux médecins que Mireille a souhaité mettre fin elle-même à sa vie en toute sécurité, dans la douceur, le confort et la dignité, entourée de mon affection et de celle de nos deux enfants. Pour moi, Mireille ne s'est pas suicidée. Elle a bénéficié d'un acte médical ultime. D'ailleurs, les Suisses ne parlent pas comme nous de suicide assisté mais de mort volontaire assistée. 
Je ne veux absolument pas que ce témoignage soit une exhibition du drame que nous avons vécu. Raconter notre parcours me semble pourtant essentiel pour comprendre comment le choix de mourir peut devenir à un moment donné la seule alternative possible pour un malade. Les demandes légitimes de suicide assisté sont très nombreuses en France.
Pourquoi ce qui est possible en Suisse ne pourrait pas l’être en France ?
 

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