JEAN-PIERRE

 

Agée de 96 ans, notre mère a subi en 2012 un AVC qui a endommagé son cerveau irrémédiablement, la plongeant dans un coma dont le médecin du service de l’hôpital d’Orléans, où elle a été admise en urgence, nous a assuré, à plusieurs reprises, qu’elle ne pourrait jamais sortir au vu de la gravité des dégats observés au scanner, même si la zone gérant des fonctions vitales, respiration, régulation de la température notamment, fonctionnait encore de façon autonome.

Notre mère avait, plus de cinq ans auparavant, lors de son entrée en maison de retraite, fait savoir par un écrit dans son dossier son souhait d’échapper à tout acharnement médical. Elle craignait, comme beaucoup d’entre nous, de devoir rester ainsi dans une vie végétative, dénuée de conscience et de tout sens.

Nous l’avons, dans le respect de sa croyance religieuse et avec l’aide et la présence  d’une personne de l’aumônerie de l’hôpital, accompagnée par des prières et des pensées, dans ce passage destiné à quitter la vie terrestre, sobrement et dignement.

Le médecin du service, hélas, n’a pas eu le courage d’accéder entièrement à sa demande, et elle a subi ce qu'elle redoutait, pendant trois semaines, dans toute son inhumanité, ce qui nous a profondément choqués alors que nous attendions, vu l'irréversibilité de son état affirmée et réaffirmée par les médecins , la bienveillance d’un accompagnement pour accélérer sa délivrance ! 

Ce qui lui a été imposé, en l’absence de loi permettant le respect de sa volonté, et faute de courage du médecin responsable du service, n’est ni plus ni moins que de mourir à petit feu de dénutrition et de déshydratation, ou d’espérer qu’une infection opportuniste, qui ne serait pas soignée, vienne mettre un terme à cet état. Sans douleur ? Personne ne le sait vraiment, son corps et son visage aréactifs ne laissant transparaître pas suffisamment de signes pour que lui soit offert le secours de la morphine. Sans humanité ? Plus sûrement.

Notre mère a mené sa vie avec courage, jusque dans les derniers temps, malgré la dépendance qui s’était installée. Elle n’a dû de sortir de cette barbarie imposée par les lois en vigueur dans notre pays qu’au courage et à l’humanité de l’équipe d’internes de garde, pendant un week-end d’absence du médecin chef du service.

Voilà pourquoi, pour que de telles situations ne se reproduisent plus, j'appelle nos dirigeants politiques à avoir le courage de légaliser l'euthanasie et le suicide assisté. 

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