PROJET DE LOI SUR LA FIN DE VIE PRÉSENTÉ PAR JEAN-LOUIS TOURAINE: CE QUE J'EN PENSE

Un certain nombre de députés m'ont récemment transmis par mail le projet de loi sur la fin de vie qu'a présenté Jean-Louis Touraine, projet qui est co-signé, à ce jour, par 53 députés. Si cette loi est votée, elle constituera incontestablement une  avancée et permettra à la majorité des Français d'envisager une mort plus douce que ce que permet la loi actuelle. Je n'aurais eu aucun autre commentaire à formuler si je n'avais pas lu un entretien qu'a donné Monsieur Touraine au magazine Pourquoi Docteur? le 19 septembre dernier.

 

Quand je lis cet entretien, il me vient un crainte et elle est de taille, puisque je crois comprendre que les trois médecins ne seront pas simplement appelés à décider du bien fondé de la demande, et plus précisément  " toute personne majeure et capable, en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable provoquant une douleur physique ou une souffrance psychique insupportable, peut demander à bénéficier d’une assistance médicalisée active à mourir ". * mais qu'ils seront également ceux qui décideront du moment où l'euthanasie ou l'aide à mourir sera pratiquée, comme l'illustre clairement ce qu'a dit Monsieur Touraine à propos du cas d'Anne Bert.

"Dans un cas similaire à celui de Mme Bert, il pourrait par exemple estimer qu’il (le comité de trois médecins) est trop tôt, que la situation médicale du patient ne justifie pas encore une aide à mourir. Sans que cela lui ôte la possibilité de refaire une demande quelques semaines plus tard, si les symptômes se sont aggravés."*

Je suis profondément choquée car cela revient à dire que, comme avec la loi Claeys-Leonetti, ce ne sera pas le malade -- dont le diagnostic et le pronostic vital ont été confirmés par les médecins -- qui décidera du moment où il veut mettre fin à sa vie, mais ce comité médical.

 

La décision restera donc entre les mains des médecins qui diront, à la place du malade, si celui-ci est suffisamment souffrant pour justifier qu'on l'aide à mourir. Bref, nous ne serons toujours pas maîtres de notre fin de vie!

 

Et par ailleurs, je ne vois nulle part dans le texte de loi la prise en compte des directives anticipées dans le cas où le malade n'est plus en état de formuler sa demande au comité de médecins.

 

Imaginons un accidenté de la route, paralysé et privé de parole ou une personne en état avancé de la maladie d'Alzheimer, qui aurait précisé dans ses directives anticipées qu'il ne souhaite pas vivre dans de telles conditions, pour ne citer que ces deux cas.

 

Dans la mesure où ces personnes ne seraient pas "capables" (mot utilisé dans le projet de loi), faut-il comprendre qu'elles seraient vouées à vivre jusqu'à son terme une vie qui n'en est plus une? 

 

J'ai écrit à Monsieur Touraine en lui demandant des précisions sur ce qui précède et j'espère qu'il saura nous rassurer...

 

*Extraits de l'article paru le 19 septembre 2017 dans Pourquoi Docteur.

  

 

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Commentaires: 10
  • #1

    Marielle Issartel (dimanche, 24 septembre 2017 11:37)

    Bonjour,
    Je suis aussi choquée des délais imposés par cette proposition de loi. Pour avoir vécu une situation où un proche qui avait de graves problèmes neurologiques incurables souhaitait mourir entouré des siens, quand il le désirerait, il me semble très violent de prétendre décider du terme de la vie d'un autre. Décider de sa propre mort est un processus complexe qui doit mûrir et exiger l'aide médicale souhaitée, non son intrusion !

  • #2

    Raoul Borges (dimanche, 24 septembre 2017 11:46)

    > La décision restera donc entre les mains des médecins qui diront, à la place du malade, si celui-ci est suffisamment souffrant pour justifier qu'on l'aide à mourir.

    Cette partie sent le souffre. Si le malade est mourant, il n'y a aucune raison d'instaurer un tel contrôle, sinon d'installer une bureaucratie inutile, et garder dans les mains de la profession un pouvoir qui ne devrait pas lui revenir.

    C'est infantilisant, irrespectieux de la personne, et de sa douleur, et je vois déjà les abus, où les médecins deviendraient les garants d'une "certaine morale".


    > Et par ailleurs, je ne vois nulle part dans le texte de loi la prise en compte des directives anticipées dans le cas où le malade n'est plus en état de formuler sa demande au comité de médecins.

    C'est aussi un gros problème. Ca montre que la loi n'est pas "complète". Est-ce de la frilosité? Il faut qu'elle traite tous les cas, y compris ceux qui pourraient être polémiques (comme celui d'un paralysé ayant émi le souhait de mourir, et maintenant incapable de s'exprimer, malgré une famille opposée).


    Au final, je trouve effarant de voir à quel point des résistances venues de je-ne-sais-où continuent de saboter ce qui devrait aller de soi (et qui va de soi pour une très grande majorité des français). Et je serais très intéressé de comprendre d'où ces résistances viennent.

    L'impression qui en ressort est que les politiques et les médecins considèrent que leur "position" justifie leur considération du citoyen comme un enfant irresponsable qui ne sait pas ce qu'il veut, ou ce qui est mieux pour lui. La démocratie n'en sort pas grandie, loin de là.

  • #3

    Ludovic Richard RUIZ (dimanche, 24 septembre 2017 13:23)

    Bonjour à tous.
    J'attire l'attention sur l'absence actuelle de lien informatique automatique entre les services du samu, et le registre national des directives anticipées.
    Ainsi, après avoir sauté de 10 mètres, et avoir naturellement présenté un arret cardiaque, les pompiers m'ont bêtement réanimé sans se soucier de mes directives anticipées personnelles dans lesquelles je précise déjà refuser de vivre avec un quelconque handicap physique, moral ou social.
    Désormais, il me manque une jambe et l'injustice ressentie est additionné de ce nouvel handicap supplémentaire.
    Heureusement, il me reste mes bras pour trouver une arme à feu et m'auto-euthanasier la cervelle, en espérant me rendre irréanimable, cette fois.

  • #4

    Catherine MK (dimanche, 24 septembre 2017 13:39)

    Très important, Marie, ce que vous avez pointé dans ce proje de loi !
    De quel droit les médecins s'arrogent-ils ainsi le pouvoir de décider de la vie et de la mort d'un autre ? Il faut donc militer contre la peine de vie après avoir obtenu l'abolition de la peine de mort.
    La toute-puissance médicale est d'autant plus insupportable que se sont accrus les moyens technologiques et médicamenteux de maintenir en vie des corps et des psychés en grande souffrance qui, sans ces artifices, auraient été libérés.

  • #5

    Raphaël (dimanche, 24 septembre 2017 21:16)

    Pour moi ceci n'est pas une proposition de loi.
    Il s'agit simplement d'insérer un article dans le code de la santé publique.
    "PROPOSITION DE LOI
    Article unique
    Après l’article L. 1110-5 du code de la santé publique, il est inséré un article L. 1110-5-2-1"
    Si M TOURAINE appelle ça un texte de loi, il y a de quoi se faire du soucis, en effet!!! Je ne vois aucune avancée dans cet article L 1110-5-3-1 qui renvoie la responsabilité sur un collège de 3 médecins qui pourront refuser d'accéder à la demande du malade en fin de vie en trouvant qu'il est encore trop tôt pour agir. Donc statu quo pour le malade. Rien dans cet article sur les directives anticipées pour les malades en fin de vie qui ne peuvent plus s'exprimer.
    Si des députés sont favorables à une véritable loi sur la fin de vie et l'aide active à mourir, il suffit de copier la loi belge, car elle est complète, très encadrée et elle répond réellement à tous les besoins. Nous voulons une vraie loi, pas un texte nul et non avenu.

  • #6

    Christiane Vantalon (lundi, 25 septembre 2017 09:13)

    Je partage vos craintes, ce projet de loi est trop restrictif, il ne tient pas compte de notre volonté.

  • #7

    Tubiana-bassères (lundi, 02 octobre 2017 12:38)

    Je n'ai pas demandé à naître. Je suis là et j'aime la vie, bien qu'elle m'ait imposé des situations parfois difficiles que j'ai pu et su traverser justement parce que j'avais encore justement la possibilité de maîtriser moi-même mon chemin sachant que personne ne saurait m'empêcher de mettre fin à une vie qui n'aurait plus pour moi la qualité que j'attend de mes heures sur terre. Cette qualité je ne reconnais à personne le droit de la définir pour moi, et à ma place. Mon corps m'appartient et c'est la première de mes libertés. Je ne peux reconnaître à personne le droit de s'immiscer dans les choix qui concernent ce que je fais de mon corps et ce que je compte faire de ma vie. Le médecin n'est là que pour m'éclairer sur l'état de ce corps et de son avenir selon les compétences de la médecine de ce jour. C'est à moi de décider et je ne lui reconnais aucun droit de propriété sur mon corps.
    Pour avoir été témoin de la prise inique de pouvoir du monde médical sur le corps de ma mère sans tenir compte ni de sa volonté ni de celle de ses proches, je suis révoltée par cette appropriation qui l'/et nous/ a privée.s de sa fin de vie et de la possibilité d'un accompagnement jusqu'au bout.
    Je ne reconnais à personne le pouvoir et le droit de fixer ma fin de vie. Cela m'appartient et il serait temps que cette liberté fondamentale, irréductible, soit reconnue pour chacun de nous.

  • #8

    Isabelle André Philippi (lundi, 02 octobre 2017 14:53)

    Pour tout dire Marie, j'ai eu les mêmes craintes que toi aux mêmes passages de ce projet de loi et je crains fort que ce comité de trois médecins confisque aux patients la décision finale. Comme actuellement, des médecins décident qu'un malade n'est pas "assez mourant" pour bénéficier d'une sédation profonde. Celà reviendrait à rendre cette loi aussi inaccessible qu'inutile.

  • #9

    Marie Jo Lécuyer (mardi, 10 avril 2018 21:09)

    Nous avons tous été bernés par ce projet de loi soit disant "pro-euthanasie" moi la première. Effectivement, puisque la personne qui ne pourra plus s'exprimer ne pourra pas en bénéficier!! Même si elle a été très claire dans ses directives anticipées sur ce point de vue-là!!! Nous n'avançons pas nous faisons du sur place avec le projet de loi de monsieur Touraine, sinon d'un pas de fourmi. Ceci ne m'étonne pas vraiment puisque monsieur Touraine est médecin, même mieux, Professeur de médecine. Très calé indiscutablement dans son domaine je n'en douterais pas mais un ordre c'est un ordre et le sien... Je ne sais pas ce que pense l'Ordre des médecins de la loi belge. Monsieur Touraine n'est pas à la retraite? Voilà pour ça. Mais alors ce que je ne comprends pas mais alors pas du tout du tout, c'est pourquoi est-ce que la déléguée pour l'Admd en Loire Atlantique censée militer pour faire plier le Gouvernement pour que nous obtenions une loi aussi bonne que la loi belge sinon meilleure, pourquoi est-ce que Madeleine Denis n'invite-t-elle pas quelqu'un d'autre pour parler de l'euthanasie? Elle a envie qu'il se prenne des tomates à la figure? J'espère que non, je n'aime pas ces procédés. Jean Luc Roméro qui représente l'Admd de France soutient les actions des délégations départementales de l'association quand celles-ci lui paraissent sensées et utiles pour faire avancer la cause. Mr Roméro soutient-il financièremment cette réunion en présence de J L Touraine qui parle à l'opposé de ce qu'attendent les adhérents de l'Admd France? A savoir une loi qui ferait que vos directives anticipées seraient respectables quelque soit votre état puisqu'elles ont été créées pour ça. Une loi qui aurait permis à Anne Bert de mourir en France. Les adhérents âgés pour beaucoup, ont-ils raison de faire confiance ici? C'est la question que je me pose.

  • #10

    Marie Jo Lécuyer (mardi, 10 avril 2018 21:28)

    Pour compléter mon message précédent:
    L'Admd 44 (Nantes) fait venir Jean Louis Touraine pour parler de l'euthanasie le 24 mai. J'ai vu ça dans le Ouest/France.
    Ca serait sympa d'y aller. Qu'en pensez-vous?