ANDRÉ PERDRIAU

 Avant de mettre, aujourd'hui, volontairement fin à mes jours, je tiens à adresser à l'ADMD -à laquelle j'adhère depuis fort longtemps- cette lettre dont elle pourra faire l'usage qu'elle voudra.

Je n'y exposerai pas mes motivations, qui sont d'ordre intime, mais dirai simplement, que dans ma quatre-vingt quatrième année, ayant été victime d'un accident vasculaire cérébral, et craignant que ses conséquences s'aggravent, j'ai voulu épargner une lourde charge à la société et, à mes proches, le spectacle désolant de ma décrépitude.

 

J'estime par ailleurs que ma vie a été bien et suffisamment remplie, car j'y ai éprouvé de grandes satisfactions, tant au plan professionnel que familial. Je voudrais seulement témoigner de ce que mes dernières semaines ont été un calvaire en l'état actuel de nos mœurs et de notre législation.

 

D'une part, j'ai dû cacher ma résolution à mes parents et amis pour qu'ils ne me demandent pas de " ne pas faire de bêtises "… 
Comme si je n'allais pas agir très raisonnablement !

 

Il m'a donc fallu leur cacher mes intentions et, chaque fois que je les quittais, ne pas leur manifester mon affection autant que je l'aurais voulu pour ne pas éveiller leurs soupçons. D'autre part, j'ai été hanté par le souci de la recherche et du choix des moyens.

 

L'idée d'un coup de revolver, d'une défenestration ou d'une projection sous le métro me révulsait. Et j'avais peur, non seulement de souffrir mais aussi et surtout de ne pas " réussir " et d'être lamentablement réanimé.

 
Or je ne pouvais compter, pour obtenir une mort sûre et confortable, sur aucun de mes médecins…

 

Je crois donc profondément que la loi devrait permettre, à ceux qui en sont arrivés au point où j'en suis, de bénéficier d'une assistance médicale pour disparaître paisiblement, et non dans l'isolement et le secret. 


Estimant qu'une stricte réserve s'impose à tous les magistrats, même retraités, je n'avais pas voulu exprimer cette opinion jusqu'ici mais, fort de mon expérience personnelle, je crois pouvoir et devoir le faire aujourd'hui dans l'espoir que les choses viendront à changer. 

 

Écrire commentaire

Commentaires: 0