ISABELLE

C'est bien gentil votre théorie, M. Devalois. Vous ne vous basez que sur le cas de Mme Bert et globalement vous lui conseillez de se suicider toute seule, comme une grande. Je vais vous raconter une autre histoire : ma mère a fait un AVC à 86 ans. Elle s'est retrouvée quasiment entièrement paralysée excepté du bras gauche (elle était droitière !). Et elle n'arrivait plus beaucoup à parler. Elle prononçait quelques mots mais ne faisait plus de longues phrases. En revanche, elle était parfaitement consciente de son état. 
Compte tenu de son âge les medecins ont dit qu'elle ne récupérerait pas sa mobilité et qu'il était inutile de l'ennuyer avec la rééducation, sauf quelques interventions sur ses mains pour lui donner un peu plus de confort disaient-ils. Ma mère est restée clouée sur son lit pendant près de trois ans, pleinement consciente de son calvaire. 
A plusieurs reprises elle a dit qu'elle ne voulait plus vivre. Apparemment elle ne souffrait pas trop physiquement, mais sa souffrance morale était épouvantable ! Qu'aurait-elle pu faire elle-même pour se suicider, M. Devalois ? Se jeter par la fenêtre de l'Ehpad ? Se jeter sous un train ? Ou encore aller se foutre à l'eau dans une rivière, comme l'a fait un homme de mon village atteint d'un cancer incurable ?
... infaisable bien sûr quand on est cloué sur un lit. 
J'ai accompagné ma mère pendant 3 ans. Je suis allée la voir tous les jours et j'ai souffert autant qu'elle a souffert. Elle a fini par être enfin libérée de ses chaînes peu avant ses 90 ans. Trois ans après son décès je suis encore hantée par ces trois années d'enfer. Je suis terrifiée qu'il puisse m'arriver la même chose... 

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