MARIE MARTINE

 

Ma mère, atteinte de la maladie d 'Alzheimer en 1993, est décédée de cette maladie en 2001 en maison de retraite. Son corps ressemblait à un foetus (on m a déconseillé de la voir, j'avais un fils de 2 ans et je pense que j'aurais été traumatisée).

Le Dr Croisille, spécialiste à Lyon de cette maladie, que j'ai rencontré plusieurs années après, n'a pas su me dire ce qu'elle ressentait à ce stade (au niveau douleur et sur le plan psychique...).

Une aide soignante m a raconté aussi qu'une malade à un stade très avancé, ayant eu la visite de son conjoint venu avec sa nouvelle compagne, elle avait observé dans le regard fixe de la malade sa souffrance, son désarroi. Elle avait conscience de ce qu'on lui faisait vivre d 'inconcevable (physiquement on ne pouvait plus la laver correctement de peur de lui casser les os..) Je pense qu'elle aurait préféré ne plus être en vie.

C'est tout simplement indigne, les "proches" peuvent parfois ne pas avoir conscience que l'émotion subsiste ou refuser de le voir et faire perdre toute dignité à un être humain qui ne peut plus s'exprimer.

Par ailleurs mon père s'est donné la mort le 16 août 2017. Il avait perdu la vue depuis plusieurs années et avait d'autres problèmes de santé indiquant que l'avenir ne serait que souffrance. Âgé de 93 ans, il ne supportait pas  l'idée d'être de plus en plus dépendant  de sa compagne  et qu'elle ne le voie que "survivre" jusqu'à une fin irrémédiable.
Il avait vu mourir ma mère à 80 ans, témoin de la dégradation de son état pendant 8 ans, il ne voulait pas finir sa vie de manière aussi indigne même si sa maladie n'affectait pas ses facultés mentales.
Il a laissé plusieurs lettres expliquant son geste avec lucidité  (deux lettres, l'une  pour la gendarmerie et l'autre pour la famille).
Je n'ose pas dire qu'il s'est suicidé "proprement" (une balle en plein coeur dans les toilettes de sa maison et décédé sur le coup).
Il aurait pu "partir" plus sereinement, de manière moins violente si en France la loi autorisait ses citoyens à mourir dans la dignité. Le suicide n'est pas un choix, c'est l'expression d'une grande souffrance (quelle qu'elle soit) qu'aucun moyen thérapeutique n'apaise et qui fait perdre toute dignité à un être humain le condamnant en toute lucidité à l'isolement, la dépendance voire la stigmatisation, la solitude et l'impuissance des proches face à  une situation dont on sait qu'elle ne pourra s'améliorer.
Notre société "des droits de l'homme", soi-disant évoluée à l'époque où l'on parle beaucoup du bien-être de l'individu pendant sa vie, fait du déni face à la mort et n'offre pas à celui-ci de s'en aller dignement avec douceur dans la paix, laissant à ses proches le souvenir d'une fin de vie inhumaine qui peut parfois durer de nombreuses années  (état végétatif maintenu artificiellement..) occasionnant des débats juridiques sans fin et plus choquants que la mort du patient.
Merci à tous ceux qui se battent pour faire avancer le combat de l'ADMD.

Écrire commentaire

Commentaires: 0