RENÉ

         Les morts- vivants

Vivre sans vie, est-ce possible ?

Oui parait-il,  pour ceux qui considèrent,

Qu’il suffit de respirer, de manger,

Dormir, boire, uriner, déféquer,

Attaché dans un lit, immobile,

Incapable de reconnaître père ou mère,

Avec en permanence pour les aider,

Deux ou trois personnes spécialisées.

Sans compter les pompes et  appareils,

Qui, jours et nuits emplissent leurs oreilles,

De leurs interminables bourdonnements,

 

Rythmés par les seules pulsions de leur sang.

 

Pour ceux qui sont vraiment inconscients,

Condamnés par les médecins inéluctablement,

Insensibles du matin au soir et du soir au matin,

Oui, à la rigueur ! En faisant abstraction,

Des sommes astronomiques dépensées sans raison.

Mais, pour ceux ayant toute leur conscience,

Murés dans un implacable silence,

Incapables de battre une paupière,

Pour crier leur douleur, leur colère,

N’ayant qu’un désir ! Qu’une âme charitable,

Mette fin à cette facétie insupportable,

Pour rejoindre cet au-delà suprême,

 

Ou les attendent ceux qui vraiment les aiment !

 

Peut-on les obliger d’endurer une telle infortune,

Être traité comme de vulgaires légumes ?

Quand laisserons-nous aux hommes, enfin,

Le droit de choisir, d’écrire de leur vie le mot fin ?

J’entends comme un leitmotiv sempiternel,

Quand même, que la vie est belle !

Sûrement ! Pour ceux et pour celles,

Qui dorment et pètent dans la dentelle !

Mais pour ces vieux ou jeunes grabataires,

Ces enfants  décharnés, l’abdomen gonflé d’air,

N’ayant que quelques gouttes d’eau,

Pour faire saillir leurs os et tanner leur peau,

Même s’ils s’accrochent à ce semblant de vie,

En nous voyant chaque jour envoyer à l’envie,

Des tonnes de vivres dans nos poubelles !

Dites-moi ?  Est-ce à ça qu’on voit que la vie est belle ?

Hélas je crains qu’il y ait autre chose à faire !

 

Débarrassons-nous déjà, et vite, de nos œillères. 

Écrire commentaire

Commentaires: 0