ISABELLE

 

Il y a quatre ans, une amie très chère et âgée a été hospitalisée. Un cancer du rein lui a été diagnostiqué et une opération était prévue. Quelques jours plus tard, après d'autres investigations, il s'est avéré qu'il y avait des atteintes pulmonaires et osseuses. Malgré l'âge de mon amie (elle avait 80 ans), les médecins voulaient toujours l'opérer de son rein, ce qu'elle a refusé. Elle était membre de l'ADMD et espérait qu'il se trouverait quelqu'un pour l'aider à mourir sans souffrances inutiles.
Du moment où elle a refusé l'intervention, le médecin hospitalier lui a dit (je cite) "Il faudra penser à trouver un autre endroit, ici ce n'est pas un hôtel" ! Des propos qui me scandalisent encore, 4 ans après. Que faut-il être comme humain pour asséner cela à une personne âgée qui de plus, vivait seule ?
Elle est entrée en clinique privée en même temps que sa chimiothérapie a débuté. Chimiothérapie qu'elle avait acceptée parce qu'on lui avait dit que cela réduirait ses souffrances. Peu après le seul plaisir qu'il lui restait, manger ce dont elle avait envie et demandait à ses proches qui lui rendaient visites, lui a été retiré, du fait des brûlures que la chimio engendraient dès quelle mangeait quoi que ce soit. "Ca me brûle la bouche me disait-elle, et tout a un goût de métal". Plusieurs fois, je l'ai entendue réclamer qu'on l'achève, parce que ce qu'elle subissait lui devenait intolérable. C'était terrible...
Alors qu'elle ne pouvait plus boire, lui passer un gant de toilette humide sur le visage et les lèvres lui occasionnait des douleurs extrêmes, un simple effleurement la faisait souffrir. Certes, on lui a donné la morphine qui lui était nécessaire, mais sans plus.
Sa souffrance morale elle, était bien là. Cette femme qui avait été d'une indépendance rare toute sa vie s'est retrouvée réduite à tout ce à quoi elle voulait échapper. 

 

Elle est partie deux mois après son diagnostic, mais encore aujourd'hui, je me demande si certaines souffrances n'auraient pas pu lui être épargnées... Que l'on en soit toujours au même point quatre ans après sa mort l'indignerait, j'en suis certaine. 

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