KARINE

 

Mon grand-père paternel était résistant pendant la guerre 39-45, et de par sa fonction de secrétaire de mairie à Joeuf (Meurthe-et Moselle), il a pu aider de nombreux jeunes Français qui ne voulaient pas faire la guerre et étaient en âge du service militaire obligatoire, à passer en zone libre en leur fabriquant de faux papiers et de fausses cartes d’identité.
Un jour il a été dénoncé, et la police française l’attendait chez lui à la maison au retour de son travail. Il a été emmené de force à Nancy où il a été jugé devant une cour de justice,  puis conduit à la frontière allemande et remis à la Gestapo (police allemande).
La Gestapo l’a ensuite emmené de force dans le nord de l’ Allemagne, en Prusse , à Saxenhaüsen…près de la Russie, dans un camp de concentration et de travail pour les détenus politiques. Il est resté 3 ans jusqu’ à la libération.
Il a subi des sévices graves : les nazis lui ont coupé un doigt ; il est tombé malade en attrapant une très grave pleurésie etc…
Peu de temps après son retour dans sa famille,  il s’est mis à fumer malgré toute l’eau dans ses poumons très abimés. Il a attrapé rapidement un cancer du larynx et des voies respiratoires.
Je l’ai toujours connu comme ça, malade avec une canule fixée dans son œsophage le rendant incapable de parler et de pouvoir s’exprimer. Il n’arrivait à sortir que certains sons hirsutes dont j’essayais de comprendre vaguement le sens.
Il était toujours d’une gentillesse incroyable avec ma petite sœur et moi-même et nous offrait de bon cœur des petits carnets, 2 ou 3 boules colorées en plastique…
Dans la famille de ma mère, c’était tout l’opposé : ses parents étaient des cathos purs et durs, grands amis du Général de Gaulle, toujours très fiers et hautains. Jamais d’attentions envers nous, ne nous ont jamais adressé la parole, aucun geste bienveillant, aucun cadeau, rien, absolument rien envers ma sœur et moi-même… alors qu’ils avaient beaucoup.
Les grands-parents maternels étaient même de la très haute bourgeoisie : la grand-mère avait les fonderies d’aluminium du Territoire de Belfort, le grand-père était grand patron de 2 usines de son ami De Wendel à Hayange en Moselle.
 
Il est mort en 1984, après avoir lutté pendant une année complète avec acharnement contre sa maladie dans des conditions vraiment effroyables, mon pauvre grand-père !  Lui qui avait déjà tellement souffert atrocement !…  Je n’arrive pas à le supporter , ni à pouvoir accepter ça !
Ma soeur et moi-même avions pu le voir une fois à l’hôpital et j’ai été vraiment très très choquée , c’était  horrible :
Il était étendu sur un lit avec un drap au-dessus de lui, il était tout cadavérique et comme rigidifié. Ses doigts, ses mains, son visage, etc… Ses yeux étaient complètement exorbités. Il faisait des bonds au-dessus de son matelas tellement sa douleur était forte et atroce. Parfois il émettait des cris très sourds de douleur. C’était vraiment affreux et insupportable pour moi, ça me torturait de l’intérieur. Ce qu’il vivait était vraiment horrible !
Il était maintenu constamment sous pompe à morphine, et ceci à duré une année. C’était le début de l’acharnement thérapeutique et des pompes à morphine.
 
Voilà pourquoi je suis particulièrement sensibilisée !

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