MARTINE

Trois mois que ma petite mère s'en est allée. Je me pose des tas de questions au fur et à mesure que les jours passent.  Elle n'avait pas de maladie grave, le cœur, mais il tenait bon, les petits bobos, les malaises que l'on peut avoir à 103 ans.
Cela a débuté d'un coup en Mars 2017. 
 
Elle a perdu la vue brutalement. Les ambulanciers l'ont malmenée  pour la faire monter dans l’ambulance, (elle n'avait plus de repères en dehors de chez elle), pour l’emmener chez l'ophtalmo. Celle-ci a dit qu'il n'y avait rien à faire, des hémorragies liées à son âge.                 
 
Deux jours après, en pleine nuit, elle hurlait de douleur dans le bas ventre. À 6h du matin après le passage du médecin de garde, elle est partie avec le samu à l’hôpital st Antoine. Après examen, elle a un très gros œdème dans l'aine, et vu son âge, il ne sera rien fait. N'ayant pas de place en gériatrie, elle est transférée dans une clinique, où elle est mise sous morphine et sous antibiotiques car elle a une pneumonie --  bizarre --  et là, elle ne fait que dormir. 
 
Moi, j'arrive de province 12 jours après, pour la sortir de là. Je l'a trouve bizarre, très agitée, à l'ouest. Le médecin me dit que c'est la morphine, elle a été shootée pendant tout ce temps, pour ne pas être enmerd... car elle se plaignait  C EST VRAI QU A CET ÂGE,POURQUOI  LES GARDER EN VIE.
 
Elle est confuse, perturbée, demande où elle se trouve, doit prendre des somnifères, il paraît qu'elle est en dépression!! appelle la nuit "au secours, mes voisins, à l'aide". Moi, aussi je suis déboussolée de voir dans quel état ils ont mis ma petite mère. Je la booste avec des boissons protéinées pour qu'elle reprenne des forces.
 
Que puis-je faire face à cette détresse de sa part? Je suis avec elle pendant une semaine, les nuits se suivent et se ressemblent. Elle est faible, fébrile. Quant elle a conscience, "où suis-je? pourquoi je suis dans un lit médicalisé? Aux  explications données elle répond: "ah, bon" et ça repart "où suis-je »…
 
Je tiens à signaler que la nuit où elle a été transportée à l’hôpital, la veille au soir, elle trottinait encore dans sa maison avec sa petite table desserte dont-elle se servait comme déambulateur, allait seule aux toilettes et parlait correctement. A la sortie de la clinique, elle ne marchait plus, avait des jambes énormes, avait des couches et n'était physiquement plus la même. Il s'est bien passé quelques chose!!
 
Nous avons mis en place tout le matériel médical qu'il fallait, les infirmières, les kinés,  les auxiliaires de vie, femmes de ménage, une personne 24/24h, elle passe de ré-évaluation en ré=évaluation. Vu son état, pour son bien être, pas question qu'elle parte en EPAHD,
 
Je lui donnerai tout mon amour, les baisers, les caresses, les soins, elle restera dans sa maison jusqu'à la fin comme elle l'a toujours demandé.
 
Je  viens vers elle tous les 15 jours pendant 1 semaine. Durant cette période, elle est rassurée par ma présence et me dit " je suis contente, je suis contente, viens vite avant que je meure, je suis entrain de crever, ma petite Martine, viens, je vais mourir » . 
 
Je ne lui donne aucun anxiolytique, ni antidépresseur et tout se passe très bien, nous sommes en osmose toutes les deux, je prends soin d'elle, 24/24. avec tout ce que cela comporte, seulement lorsque je repars, tout redémarre… 
 
AVRIL,  A présent, elle a du mal à manger toute seule, garde toujours les yeux fermés, a du mal à nous entendre, déjà qu'il fallait s'approcher de ses oreilles et parler fort, ne se bouge plus pour nous aider, ses forces l'ont abandonnée, elle fait fausse route sur fausse route. Ne peut plus mettre son dentier, elle se dégrade petit à petit. C'est dur.
 
Je suis là pour Pâques, je lui fait fondre des morceaux de son lapin en chocolat dans sa bouche, elle sort sa langue pour en avoir encore, elle a des périodes où elle semble aller mieux. Quand je repars, elle me dit «  je vais tâcher de tenir bon jusqu'à ton prochain passage, merci d'être venue prendre soin de ta maman ».
 
MAI, c'est la fête de mères, je lui fais toutes les choses qu'elle aime manger en petites quantités et mixées. Mais pas grand chose ne passe. Elle ne peux plus parler, veut me dire quelque chose, mais cela ne sort pas, des grosses larmes coulent sur ses joues. Nous pleurons toutes les deux. Le 29 mai, je vois son docteur qui me dit " elle n'est pas en fin de vie, elle est en glissement ».  Bien, je le crois, moi, je ne suis pas docteur.
 
Ce jour là, je repars chez moi, cette fois-ci, elle n'en fait pas cas.
 
Le 8 juin, 17h, ma sœur m’appelle, " je ne trouve pas maman très bien, elle a mal partout, elle souffre" "fais la rentrer à l’hôpital, demande lui si elle veut y aller". Après 5 ou 6 demandes où elle répondait en bougeant légèrement la tête, j'ai appelé de province son médecin pour qu'il mette en place la neuro-sédation. Ma sœur a contacté U M P, le médecin est passé à 19h, "syndrome de glissement post-hospitalisation il y a 2 mois, altération de son état général marqué" elle sera hospitalisée le lendemain vers 10h, pour qu'elle passe la nuit chez elle et non dans les couloirs de l’hôpital.
 
Le lendemain à 12h, ma soeur appelle, elle s'est fait incendier quand elle a demandé la neuro-sédation. Ils sont en train de l'ausculter. De son côté son généraliste m’appelle " votre maman n'est pas mourante, elle va rester quelques jours en observation, pas de neuro-sédation, c'est pour la fin de vie" .
 
Du côté de ma soeur, à l’hôpital, l'assistante sociale lui fait faire toutes les démarches pour une entrée en EPADH.  J’hallucine...
 
Le 17 juin, ma soeur m'appelle en urgence, "maman va être transférée en soins palliatif à l’hôpital Charles Foix". " J'arrive demain ."
 
Je trouve ma petite maman endormie, le visage calme, "maman, c'est Martine, je suis près de toi ». Elle a bougé un sourcil, c'est tout. Une grosse seringue était au près d'elle qui lui injecté sa neuro-sédation, MAIS A AUCUN MOMENT, PERSONNE NE M A DIT CE QUE CELA ÉTAIT,  juste " des anti-douleur". Je regrette ce manque de communication, surtout que j'avais vu par 2 fois le médecin du service en lui disant "vous ne la laissez pas en légume, elle a fait et signé ses directives anticipées.
 
En fin de compte, on meurt de faim et de soif, ce n'est pas la bonne façon de partir, car maman, lorsque je lui nettoyais la bouche avec des gros cotons tiges, elle suçait le liquide, donc elle était consciente, elle avait un ressenti.
 
On doit partir rapidement, sans attendre, ne pas laisser le temps au temps, comme ce fut le cas pour maman et bien d'autres en grande souffrance.. Je pense à eux.
 
Je suis restée 24/24 avec elle, du dimanche au mardi 17h, lui transmettant tout mon amour et faisant au mieux pour qu'elle sente que j'étais auprès d'elle. A 17h, je lui ai dit "maman, je rentre chez toi prendre des vêtements et je reviens avec Cathy ».
 
A 19 h, un coup de fil " votre maman est décédée à 18h30 ».
 
COMMENT ONT-ILS PU ME LAISSER PARTIR SACHANT QUE NOUS AVIONS DIT QUE JE DEVAIS LUI TENIR LA MAIN POUR QU'ELLE NE PARTE PAS SEULE ?
 
Ils savaient qu'elle allait mourir, car depuis le matin, je ne faisais que lui essuyer la bouche, elle était sur le côté et du liquide brunâtre ne faisait que s'écouler. En partant, j'ai dit" surveillez la, elle peut s’étouffer". 
Moi, je n'ai jamais vu quelqu'un mourir, je n'ai pas réalisé un instant que c'était le moment où elle allait me quitter. J'ai beaucoup de chagrin...

 

Écrire commentaire

Commentaires: 1
  • #1

    Gudrun Merouche (mercredi, 20 décembre 2017 21:58)

    Je pense, qu'une fois nos mamans ont depassé un certain âge, ils prennent que la place "inutilement". Pour ma maman, c'était également une histoire de 20 minutes..... mon frère restait Avec elle pendant 3 heures à coté de son lit, et en rentrant (20 min de route) il a eu un coup de fil lui annancant qu'elle était partie trnquillement. Donc personne à côté d'elle pour l'accompagner sur son dernier chemin.