MICHÈLE

Ma Mère, 86 ans, est atteinte d’un cancer primitif du sein, découvert lors d’une ablation de la vésicule biliaire métastasée. Extension des métastases au foie, péritoine, estomac, colonne vertébrale, crâne…Sa fatigue est importante mais elle tient, avec une aide à domicile et mon aide, à faire tout ce qu’elle peut dans sa maison en fonction de ses moyens. Elle mange régulièrement mais peu. L’hôpital d’Alençon a tous ses dossiers puisque c’est là que les diagnostics ont été posés avant d’être dirigée vers le Centre de cancérologie Victor Hugo du Mans.
Mi-juin 2013 elle se casse le col du fémur gauche après s’être cassé le col du fémur droit 2 ans auparavant. Elle est opérée dans la journée. Le protocole, les jours qui suivent, est appliqué à la lettre : arrêt des perfusions, passage des médicaments dont anti-douleur et anti-inflammatoire per os (par la bouche) sans tenir aucun compte de ses problèmes digestifs liés au cancer.
Elle souffre énormément de son estomac, le chirurgien lui prescrit des sachets de Smecta parfaitement inefficaces et qui aggravent la douleur. Elle s’affaiblit, de plus en plus et a de fréquentes nausées suivies ou non de vomissements. On me dit qu’elle peut les prendre par la bouche puisqu’elle mange. Ce qu’elle mange : 1 cuillère à café de yaourt et 1 cuillère à café d’eau par repas !
Il a fallu 3 jours et un changement d’interne pour qu’enfin une perfusion garde-veine soit posée et que les médicaments soient ré-administrés par injection et perfusion. Trois jours de souffrance insoutenables, trois jours de non vérification des données de son dossier médical, trois jours de non-écoute de sa douleur qui se calme alors progressivement.
Elle est très vite transférée en Soins de Suite et de Réadaptation, elle est considérée comme en phase terminale. Et là, à nouveau, sans tenir compte de ce qu'elle avait vécu en chirurgie, le médecin lui redonne les mêmes médicaments per os. Les douleurs, les nausées et les efforts, pour en fin de comte ne rien vomir, sont intolérables et épuisants pour elle.
Nous sommes fin juillet, début août. Je me bats au quotidien pendant huit jours avec le médecin pour qu’elle puisse avoir à heures régulières des anti-nauséeux/anti-vomitifs et une perfusion garde-veine pour lui passer les médicaments antalgiques par injection/perfusion, du simple confort de vie, du simple moyen de pouvoir continuer à communiquer avec ses proches !
Est-ce trop demander ?
Le cadre de santé était en vacances Les infirmières du service, impuissantes devant ce médecin « tout puissant » n’obtiennent pas plus que moi. Je demande son transfert dans le service de soins palliatifs ; d’abord le médecin me dit qu’il est spécialisé en cancérologie et en soins palliatifs et qu’il ne voit pas pourquoi ma Mère serait transférée dans ce service. J’insiste mais nous sommes en été et ce service  ne dispose que de trois lits (trois autres fermés), tous occupés.  
La remplaçante du Cadre de santé a quatre services sous sa responsabilité, elle m’écoute et cherche à convaincre le médecin, mais en vain. Au retour du cadre infirmier, j’ai une entrevue avec elle, la Directrice des Soins Infirmiers et Le Médecin Chef.
J’obtiens enfin gain de cause, elle parvient à avoir les soins de confort indispensables. Ma Mère s’affaiblit de plus en plus, elle est complètement dénutrie et à bout de force, elle souffre énormément, principalement du dos mais de partout, elle a besoin d’être, avec toutes les précautions possibles du fait de sa hanche, changée de position régulièrement, selon ses besoins.
Je le fais quand je suis là, mais la nuit, qu’en est-il ? Qu’en est-il encore pour éliminer ? Combien de temps doit-elle attendre ? A-t-elle sa sonnette à sa disposition ? Autant de questions que je me pose car les soins de confort sont à l’avenant : lorsque j’arrive le matin, je trouve le matelas anti-escarre/confort non rebranché, la sonnette hors de portée ou débranchée.
Certains membres de l’équipe, remplaçantes non formées, entrent dans la chambre comme dans un moulin, sans aucun respect pour ce qu’elle vit. Et Je ne peux pas rester complètement près d’elle car je dois m’occuper de mes petits-enfants à Laval, dont les parents sont partis en Angleterre pour leur travail.
J’ai trouvé une assistante pour s’en occuper la journée mais pas pour la nuit en cette période de vacances. Je fais le trajet Laval -- Alençon puis Alençon -- Laval matin et soir pour rester auprès d’elle toute la journée et être auprès de mes petits-enfants la nuit.
J’ai le sentiment qu’elle baisse les bras, qu’elle se laisse glisser, qu’elle n’en peut plus de ce manque de compétence, elle glisse dans le coma et s’éteint le 8 août 2013.
Avec toutes les connaissances actuelles sur le sujet, comment peut-on vivre encore un tel martyre ? Comment peut-on dépendre d’un médecin, d’un personnel, d’un service, pour mourir dans la dignité?
Mon Père, dans ce même hôpital, s’est éteint le 31 janvier 2015 en service de réanimation dans le plus complet confort, la plus complète attention de la part du personnel et avec la possibilité donnée à la famille de l’accompagner dans les meilleures conditions possibles.
 
Merci pour tout ce que vous faites et que 2018 nous apporte le droit de disposer de nous-mêmes, et que les « décideurs » cessent de penser à notre place, de décider pour nous de ce qui est bon pour nous.

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Commentaires: 1
  • #1

    andre (vendredi, 12 janvier 2018)

    de tout coeur avec ceux a qui ce genre de mésaventure arrive , nous avons vécu la meme chose , ce pays est devenu bananier c'est insupportable ...