JEAN-PIERRE

Monsieur le Président de la République

58, rue du faubourg Saint Honoré

75008 PARIS

 

 

Marseille, le 15 janvier 2018

 

 

Objet : Lettre à Monsieur le Président de la République concernant le droit à mourir dans la dignité

 

Monsieur le Président de la République,

 

Si je me permets de vous écrire aujourd'hui c'est que je suis concerné personnellement par le sujet dont je veux vous parler : le droit d’une personne à mourir dans la dignité.

 

Mon frère vient de décéder tout début janvier suite à une maladie atroce, la SLA (Sclérose Latérale Amyotrophique) plus communément appelée Maladie de Charcot qui a été diagnostiquée  il y a environ 18 mois.

 

Comment réagir lorsque la maladie emprisonne votre corps et que vous vous rendez compte jour après jour que toutes les fonctions musculaires qui animent votre être se délitent. En effet vous restez conscient de cela et c'est ce qui est peut être le pire.

 

La conséquence directe c'est qu'il a perdu assez rapidement l'usage de la parole, que sa respiration est devenue de plus en plus difficile avec une assistance oxygène pour la nuit, que pour avaler ses repas il fallait s'y prendre en plusieurs  fois pour ne pas s'étouffer et que marcher sans l'assistance d'un ami ou d'un proche était devenu presque impossible.

 

Donc à 68 ans, obligation de rentrer dans un EHPAD ou l'on ne côtoie pratiquement que des personnes de plus de 80 ans et dans un état physique très diminué pour la majorité. Ce n'est pas fait pour remonter le moral et les heures, les jours et les mois sont abominablement longs.

 

Mon frère m'a donc demandé de préparer un dossier de MVA (Mort Volontaire Assistée) en Suisse ce que j'ai fait bien entendu.

 

Je venais de recevoir le feu vert de la part de mes interlocuteurs Suisse qui ont démontré un sérieux et une écoute exceptionnelle et qui me demandaient de proposer des dates pour le dernier voyage au cours duquel nous aurions rencontré des médecins et un psychologue pour être sur que le choix de mon frère méritait que la démarche soit accomplie jusqu'à l'injection létale.

 

Dernier voyage, quelle expression atroce, si l'on considère que dans ce cas mon frère serait parti "comme un voleur" en usurpant sa mort...

 

Et je serais revenu avec une urne renfermant ses cendres...Et que dire de l'absence de ses proches et de ses amis.

 

Heureusement (le terme est peut être mal choisi) mon frère s'est éteint le 5 janvier dans sa chambre a l'EHPAD dans les bras de sa fille.

 

Quel bel hommage lui ont rendu ses amis, ceux du conservatoire du Lippizan,  dont 4 cavaliers en tenue d'apparat ont accompagné le cortège de l'EHPAD jusqu'à l'église ou attendait également un groupe d'une quinzaine d'amis du Comité des Feux de Forêts également en tenue de patrouille puisque mon frère surveillait les massifs de la région à cheval. Bien entendu ses enfants et tous ceux qui l'aimaient étaient présents et c'est une grande émotion que nous avons ressentie jusqu'au cimetière ou son corps repose comme il l'avait souhaité auprès de notre père et de notre jeune frère parti il y a déjà dix ans.

 

Pourquoi et comment peut-on priver les gens qui souffrent dans leur chair de quitter ce monde dans les conditions qu'ils souhaitent et auprès des leurs en leur imposant de quitter la France et aller se cacher pour mourir.

 

J'écris ces mots en pensant à ceux qui ont aujourd'hui des maladies reconnues par la médecine traditionnelle comme incurables et pour lesquelles aucune autre sortie que la mort n'est proposée dans un avenir proche mais également les personnes devenues grabataires mais qui conservent leurs raisonnements et ne souhaitent plus être un poids pour leurs proches, ce qu'ils sont souvent.

 

Je ne suis pas d'accord bien entendu pour que cette euthanasie soit proposée à tous ceux qui souhaitent se suicider pour des raisons personnelles autres que la maladie ni à ceux qui voudraient voir leurs proches partir pour des raisons de facilité ou des intérêts financiers.

 

Je reste convaincu que le monde médical n'est pas étranger à cette volonté de ne pas accélérer la fin de vie car cette démarche les priverait d'une "clientèle" importante. Mais on peut aussi froidement considérer que cette démarche pourrait représenter des économies importantes pour l'état et la sécurité sociale si l'on tient compte des frais d'hospitalisation avec tous les examens qui y sont associés, des économies sur les retraites qui sont versées à ces personnes et de tout l'environnement concerné.

 

En espérant que vous ferez le nécessaire pour faire évoluer ce dossier sur lequel je suis prêt à témoigner, je vous remercie pour l'intérêt que vous porterez à mon courrier et vous prie d'agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de mes sentiments très respectueux.

 

 

 

 

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