Alain

Mes parents sont morts deux fois

 

Mon père et ma mère n’étaient pas croyants. C’était rare mais, quand ils évoquaient leur mort inéluctable, ils pensaient tous les deux que mourir en bonne santé la nuit dans leur sommeil était la panacée. 

Mon père est mort de la maladie d’Alzheimer. Il a décliné doucement puis vint le jour où il ne nous a plus reconnu. Pour moi, la personne que je connaissais, qui avait sa personnalité, est morte ce jour-là. Le reste n’avait plus de sens.

Ma mère était diabétique. Très marquée par la mort de mon père et de tout ce qui l’a accompagné, elle avait maintes fois répété que lorsque qu’elle sentirait que le moment était venu, « elle ferait le nécessaire ».

Je savais qu’elle avait en tête de prendre une quantité massive d’insuline sans rien dire à personne.

Elle avait fait de petits AVC dont elle s’était très bien remise. Un matin, elle a eu une nouvelle attaque mais qui ne lui a pas laissé la possibilité de mettre à exécution ce qu’elle avait planifié, car elle tremblait trop et était confuse.

Celui-là a laissé des séquelles. De nouveau l’histoire s’est répétée, et la mémoire de ses proches s’est effacée. Cela a duré un an avant qu’un nouvel AVC l’emporte.

Pour tous les deux, la vie s’est prolongée trop longtemps. J’ai conscience que ce cas de figure est certainement le plus compliqué à gérer. Dans les deux cas, les personnes ne sont plus capables d’exprimer leur désir. Cela nécessite d’envisager, lorsque nous sommes en pleine conscience, de définir, pour soi, à partir de quel moment la vie ne vaut plus le coup d’être vécue et de demander, si nous ne sommes plus en capacité de le faire, que quelqu’un fasse à notre place ce qu’il faut pour un suicide assisté. 

 

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