AUDITION PAR LE CONSEIL ÉCONOMIQUE, SOCIAL ET ENVIRONNEMENTAL DÉCEMBRE 2017

Nathalie Gueirard Debernardi et moi avons été récemment auditionnées par le CESE, qui a pris la décision de s'auto-saisir du sujet de la fin de vie. Un comité temporaire d'une vingtaine de personnes a été créé et nous avons été les premières à être reçues. Les auditions continueront jusqu'au printemps. Le comité rédigera ensuite ses recommandations qui seront transmises à la Ministre des Solidarités et de la Santé.

 

Voici l'audition complète de Nathalie (approximativement 25 minutes) suivie de la mienne, (approximativement 25 minutes).

Vos commentaires sont les bienvenus.

Marie

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COMPARAISON ENTRE LA LOI BELGE SUR LA FIN DE VIE ET LES DEUX PROPOSITIONS FRANÇAISES, TOURAINE ET FALORNI

Je viens de terminer la lecture et la comparaison des textes de la loi belge, de la proposition du Député Touraine, et de celle du député Falorni. 

 

Ce travail n'a pas été inutile car il m'a permis de mettre en évidence des similitudes mais aussi des différences qui ne sautent pas aux yeux pour qui lit uniquement les propositions de loi françaises sans avoir une connaissance approfondie de la loi belge.

 

Pour éviter à ceux qui n'ont ni le temps, ni l'envie de passer des heures à faire ce travail, j'ai fait un tableau comparatif que je vous invite à consulter. 

 

Veuillez cependant noter que ce tableau ne traite pas de tous les points de la loi. Il met en évidence les éléments les plus importants, ceux qui pourraient avoir un impact sur notre fin de vie, c'est-à-dire les divers éléments qui feront que la proposition de loi qui sera bientôt votée en France, comme nous l'espérons tous, sera celle que les Français veulent et pas une "usine à gaz" comme aime le dire l'une de mes amies très engagée dans cette lutte. Je n'ai donc pas repris tout ce qui est d'ordre administratif.

 

Je vous mets ici le lien vers les trois éléments qui m'ont servi à faire ce tableau comparatif.

 

Loi belge                                  Proposition de loi Falorni                           Proposition de loi Touraine

 

 


ÉLÉMENTS DE LA LOI


Qui peut faire la demande d'aide à mourir ?

LOI BELGE


Patient majeur ou mineur émancipé, capable ou encore mineur doté de la capacité de discernement et conscient au moment de sa demande (Ajout des mineurs en 2012). 

PROPOSITION FALORNI


Personne majeure et capable.

PROPOSITION TOURAINE


 Personne majeure et capable.



Le patient doit-il être conscient au moment de sa demande ?

Oui, conscient sinon via des directives anticipées.

Oui, conscient sinon via des directives anticipées.

Oui,  et RIEN À PROPOS DES DIRECTIVES ANTICIPÉES. 



Formulation de la demande: 

De manière volontaire, réfléchie et qui NE RÉSULTE PAS D’UNE PRESSION EXTÉRIEURE.

 

Elle doit être RÉPÉTÉE à plusieurs reprises.

Demande dont le caractère est libre, éclairé et réfléchi.

 

Le malade doit réitérer sa demande en présence de sa personne ou ses personnes de confiance.

 

Demande dont le caractère est libre, éclairé, réfléchi et EXPLICITE.

 

Le malade doit confirmer sa demande au moins 48 heures après sa demande initiale.



ÉLÉMENTS DE LA LOI

 

La demande doit-elle être formulée par écrit ou oralement ?

LOI BELGE

 

 

Par écrit.

 

S'il ne peut pas écrire, la demande est actée par écrit en présence du médecin, par une personne majeure de son choix qui ne peut avoir aucun intérêt matériel au décès du patient. 

PROPOSITION FALORNI

 

Oralement, au médecin, ou par écrit (voir plus bas).

PROPOSITION TOURAINE

 

Rien à ce sujet.



ÉLÉMENTS DE LA LOI

 

Que se passe-t-il si le patient est inconscient ou incapable d’exprimer une demande libre et éclairée ?

 

Les directives anticipées du malade peuvent-elles alors être prises en  compte ?

LOI BELGE

 

 

Ses directives anticipées sont prises en compte ainsi que ce que dit sa personne de confiance.

 

Ainsi, toute personne majeure ou tout mineur émancipé  peut consigner par écrit sa volonté qu’un médecin pratique une euthanasie si ce médecin constate qu’il est atteint d’une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable; qu’il est inconscient ; que cette situation est irréversible selon l’état actuel de la science.

 

La déclaration peut désigner une ou plusieurs personnes de confiance majeures.

 

Cette déclaration anticipée est faite et signée en présence de deux témoins majeurs.

 

Si la personne ne peut pas rédiger elle-même cette déclaration, celle-ci peut être actée par une personne majeure de son choix qui ne peut avoir aucun intérêt matériel au décès du déclarant, et en présence de deux témoins majeurs.

PROPOSITION FALORNI

 

Lorsqu’une personne se trouve de manière définitive dans l’incapacité de formuler une demande libre et éclairée, elle peut bénéficier d’une assistance médicalisée pour mourir à condition que cette demande figure dans ses directives anticipées établies dans les conditions mentionnées à l’article L.111-11.

 

Dans ce cas, DEUX AUTRES PRATICIENS AU MOINS, L’ ÉQUIPE MÉDICALE, LES PERSONNES QUI  ASSISTENT AU QUOTIDIEN LA PERSONNEE MALADE doivent être consultées.

 

Donc, les directives anticipées et la détermination de l’état du malade par le médecin traitant et les médecins consultés ne suffisent pas. CE POINT DE LA PROPOSITION DE LOI EST INUTILE CAR LE MALADE A DÉJÀ RÉDIGÉ SES DIRECTIVES.

 

Un rapport doit être établi par les médecins dans un délai de huit jours, qui détermine si les conditions prévues dans la loi sont bien respectées.

PROPOSITION TOURAINE

 

Rien à ce sujet.



ÉLÉMENTS DE LA LOI

 

Validité des directives anticipées :

LOI BELGE

 

 

        5 ans.     

PROPOSITION FALORNI

 

La loi Claeys-Leonetti précise que  la durée est illimitée et qu'elles peuvent être modifiées à tout moment.     

PROPOSITION TOURAINE

 

La loi Claeys-Leonetti précise que  la durée est illimitée et qu'elles peuvent être modifiées à tout moment



La demande peut-elle être révoquée ? 

 Oui, en tout temps.     

Oui, en tout temps.  .    

Oui, en tout temps.  .    



Situation médicale du patient :  

Sans issue et qui résulte d'une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable.   

Phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable, quelle qu'en soit la cause.    

Phase avancée ou terminale d’une maladie incurable ET dans une IMPASSE THÉRAPEUTIQUE.

 (Donc décision de continuer ou pas le traitement à la discrétion du médecin...)  



ÉLÉMENTS DE LA LOI

 

Évaluation de la souffrance :

LOI BELGE

 

 

Le patient fait état d'une souffrance physique ou psychique constante et insupportable, qui ne peut être apaisée.

 

(C'est le patient qui dit si la douleur est insupportable.) 

PROPOSITION FALORNI

 

Le patient fait état d’une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée OU QU’IL JUGE INSUPPORTABLE.

 

(C'est le patient qui dit si la douleur est insupportable.)    

PROPOSITION TOURAINE

 

La maladie doit PROVOQUER une douleur physique ou une souffrance psychique insupportable.

 

 (Le patient est-il seul à dire que la douleur est insupportable ? Manque de précision.) 



Quelles informations doivent être données au patient ? 

Informer le patient de son état de santé et de son espérance de vie et évoquer avec lui les possibilités thérapeutiques envisageables ainsi que les soins palliatifs et leurs conséquences.

 

Le médecin doit arriver, avec le patient, à la conviction qu'il n'y a aucune autre solution raisonnable dans sa situation et que la demande est entièrement volontaire.  

Informer le patient des possibilités qui lui sont offertes par les dispositifs de soins palliatifs adaptés à sa situation, et prendre les mesures nécessaires, si le patient le souhaite, pour qu'il puisse en bénéficier.

Rien à ce sujet.



ÉLÉMENTS DE LA LOI

 

Comment se fait l’évaluation de l’état du patient?

LOI BELGE

 

 

Par le médecin traitant et UN autre médecin qui doit être indépendant, tant à l’égard du patient qu’à l’égard du médecin traitant, et être compétent quant à la pathologie concernée.

PROPOSITION FALORNI

 

Par le médecin traitant et DEUX AUTRES MÉDECINS

PROPOSITION TOURAINE

 

Par le médecin traitant et DEUX AUTRES MÉDECINS.



Que se passe-t-il si le médecin qui est consulté est d'avis que le décès n'interviendra pas à brève échéance ?

    

Un troisième médecin doit intervenir, psychiatre ou spécialiste de la pathologie concernée. Il s’assure du caractère constant, insupportable et inapaisable des souffrances et du caractère volontaire, réfléchi et répété de la demande. Il rédige un rapport après avoir informé le patient de ses conclusions.

 

Dans ce cas, un mois au moins doit s'écouler entre la demande et l'euthanasie. 

Rien à ce sujet.  

Rien à ce sujet.   



ÉLÉMENTS DE LA LOI

 

Délai entre la demande du malade et l’euthanasie ?

LOI BELGE

 

 

Rien à ce sujet.

 

PROPOSITION FALORNI

 

2 jours après qu'ait été remis au malade le rapport faisant état des conclusions sur son état de santé. 

PROPOSITION TOURAINE

 

4 jours après la confirmation de la demande par le patient.



Qu'est-il noté dans le dossier médical à propos de l'euthanasie ?

 Mort naturelle. 

Mort naturelle.   

Mort naturelle.    



Obligations des médecins et du personnel médical : 

Aucun médecin n'est tenu de pratiquer une euthanasie et aucune autre personne n'est tenue d'y participer. 

Les professionnels de la santé ne sont pas tenus d'apporter leur concours à la mise en oeuvre d'une assistance médicalisée à mourir. 

Le médecin peut refuser en invoquant la clause de conscience (déjà inscrite dans la loi) et transmettre cette mission à un confrère. 



Que se passe-t-il si un médecin consulté par un patient refuse de pratiquer une euthanasie ?

Il est tenu d'en informer le patient ou la personne de confiance si le patient n'est pas conscient, en précisant les raisons. Il doit communiquer le dossier médical du patient au médecin désigné par le patient ou par sa personne de confiance.    

Le refus est notifié au demandeur et dans ce cas, le médecin est tenu d'orienter le malade vers un autre praticien susceptible de déférer à sa demande.

Rien à ce sujet.  


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QUE PENSENT NOS DÉPUTÉS DE LA PÉTITION ?

 

Il y a de cela près d'un mois, j'ai envoyé 577 mails à nos députés -- eh oui! un mail à la fois pour être certaine que mon courriel ne se retrouverait pas dans la boîte des indésirables.

 

À ce mail, onze députés seulement ont répondu... 

 

Je ne vous cache pas que j'étais très déçue et surtout en colère que tous les autres estiment que le sujet n'était pas suffisamment important pour mériter une réponse de leur part.

 

Alors, entre du 10 au 12 octobre dernier, j'ai à nouveau écrit à tous les députés qui ne m'avaient pas répondu, cette fois encore, en envoyant les 566 mails un à la fois. 

 

Je vous mets la lettre ci-après dans laquelle je les somme de me répondre avant dimanche, donc aujourd'hui, faute de quoi je mettrais en ligne la liste des députés qui n'ont rien à faire de ce que pensent près de 225.000 de leurs concitoyens.

 

Mais comme j'estime qu'il vaut mieux faire ressortir le positif, j'ai décidé de mettre plutôt la liste des députés qui ONT RÉPONDU à mon courrier ou, pour quelques uns, qui ont répondu à des personnes qui m'ont communiqué leur réponse.

 

J'en profite, ici, pour les remercier d'avoir pris le temps de le faire et, pour l'immense majorité d'entre eux, de s'être déclarés en faveur de cette loi sur l'aide active à mourir que nous appelons tous de nos voeux.

 

J'ajoute que dans cette liste apparaissent les noms de tous ceux qui ont co-signé la proposition de loi de Jean-Louis Touraine, ce pour quoi je les remercie beaucoup, bien évidemment. 

 

LETTRE AUX DÉPUTÉS N'AYANT PAS RÉPONDU À LA PREMIÈRE:

 

Madame, Monsieur,

 

J’aime croire que le courrier que je vous ai envoyé le 21 septembre s’est égaré et que c’est la raison de votre silence.

 

Je vais donc en reprendre les éléments essentiels. 

 

Le 2 août 2017, j’ai mis en ligne une pétition pour que soit votée une loi sur l’aide active à mourir, qui a recueilli, au moment où je vous écris, plus de 222.000 signatures. Les chiffres continuent de grimper chaque jour de façon très régulière et j’ai tout lieu de croire que nous arriverons à franchir la barre des 500.000 en prenant en compte toutes les pétitions qui circulent sur l’internet sur ce même sujet, ainsi que le CESE m’a dit vouloir le faire. J’ai également créé un site internet pour recueillir les témoignages de malades et de leurs proches, mais aussi des médecins, infirmières et aides soignantes qui travaillent avec des gens qui sont gravement malades ou en fin de vie. 

 

Une proposition de loi a été présentée récemment par Monsieur Jean-Louis Touraine à ce sujet. Il semblerait qu’il y en ait une autre qui soit sur le point d’être présentée par Monsieur Olivier Falorni, dont je ne trouve pas trace, pour l’instant, sur le site de l’Assemblée Nationale.

 

Les Français, comme vous ne pouvez pas l’ignorer, réclament depuis très longtemps que soit votée une loi du type de la loi belge pour que l’on puisse enfin mourir sereinement en France sans avoir à passer par la case sédation profonde et continue, couplée à l'interruption de l’alimentation et de l’hydratation, méthode qui n’est rien d'autre qu’une façon hypocrite qu’ont certaines personnes, médecins ou politiques, de se donner bonne conscience aux seuls dépens du malade. La vérité, c’est que personne ne peut dire avec certitude que celui-ci ne souffre pas de la faim et de la soif. Et ce serait nier l’évidence que de prétendre que la douleur est systématiquement prise en charge. C’est faux, et nous sommes des millions de Français à avoir entendu les appels à l’aide de proches qui demandaient qu’on les soulage sans que rien ne puisse plus être fait pour eux. Tous les médecins qui ont travaillé avec des malades en fin de vie en conviendront: il arrive un moment où même les traitements les plus forts ne parviennent plus à apaiser la douleur. 

 

En somme, la loi Claeys-Leonetti, qui autorise le « laisser mourir », donne exactement les mêmes résultats que l’injection létale —  la mort du malade et la bonne conscience du médecin —,  sauf que, dans le premier cas, le médecin a bonne conscience car il n’a pas euthanasié le malade puisque celui-ci est mort de faim et de soif, alors dans le second cas, le médecin a bonne conscience car il a respecté le souhait du patient et a eu le courage et l’empathie de mettre un terme à des souffrances devenues insupportables.

 

Si vous doutez encore de ce qu’il y a lieu de faire, réfléchissez un instant à ce que vous voudriez que l’on fasse si c’était à l’un de vos proches que cela arrivait. Voudriez-vous qu’on le laisse mourir de faim et de soif ou souhaiteriez-vous qu’avec son consentement éclairé, il soit mis fin à ses souffrances s’il n’a aucun espoir de retrouver une qualité de vie acceptable pour lui ? 

 

Madame, Monsieur, vous ne pouvez plus rester indifférent à ce débat. Vous ne pouvez plus accepter que ceux qui ont les moyens de le faire partent en Suisse ou en Belgique, comme l’a fait mon amie Anne Bert récemment, et que tous les autres aient à subir une fin de vie difficile, et pas simplement parce qu’il y a encore d’énormes lacunes dans la qualité et la disponibilité des soins palliatifs dans notre pays, mais parce qu’il y a des cas, et ils sont nombreux, où ce qu'il reste de la vie du malade est tout simplement devenu insupportable. 

 

Et j’ajoute que la France n’a plus le droit de continuer à se reposer sur un autre pays pour faire ce que vous considérez comme le « sale boulot ».

 

Je vous demande donc de répondre sans tarder à ce courrier pour que les Français sachent de quel côté vous vous situez dans cet interminable débat, et si vous êtes prêt à voter une loi d’ici la fin de l’année 2018 qui réponde à ce que demandent plus de 90% des Français. Si vous n’en êtes pas convaincu, il vous suffit de consulter les derniers sondages et notamment celui de l’IFOP tenu au printemps dernier.

  

Comme j’estime avoir des comptes à rendre aux signataires de la pétition et que cela se fait notamment par le biais d’une mise à jour régulière —  la prochaine dimanche —  je publierai cette lettre dans la mise à jour. Je la mettrai aussi sur le site internet dont je vous ai parlé, et également sur Facebook, Twitter et tous les autres réseaux sociaux sur lesquels je suis présente. Je n’oublierai pas, bien évidemment, de la transmettre à tous les journalistes qui s’intéressent beaucoup, en ce moment, à ce sujet central. Et, ce qui est tout aussi important, j’y joindrai la liste des députés qui n’ont pas jugé le sujet suffisamment important pour justifier une réponse de leur part.

 

Il n’en tient donc qu’à vous de me dire si vous allez prendre part a la mise en place rapide de cette loi, ou pas, et en cas de refus, pour quelle raison. Je vous en remercie par avance.

 

Meilleures salutations,

 

Marie Godard

 

Liste des 88 députés qui ont répondu à la lettre

    

Prénom
NOM Groupe parlementaire Oui / non /  Ne dit pas ?

 

 

   
Alexis
Corbière
France insoumise
Oui
Michel
Larive
France insoumise Oui
Jean-Luc
Mélenchon
France insoumise
Oui
Mathilde
        Panot France insoumise Oui
Sabine
Rubin
France insoumise
Oui
François
Ruffin
France insoumise
Oui
   
Hubert
Wulfranc
Gauche dém. & rép.
 ?
Sophie
Auconie
Les constructifs
Oui
Olivier
Becht
Les constructifs
Oui
Laure
de la Raudière
Les constructifs
Non
Maïna
Sage
Les constructifs
Oui

 

   
Marie-Christine
Dalloz
Les républicains
Non
Gilles
Lurton
Les républicains
Non
   
Stép                Stéphane
Viry
Les républicains
 ?

 

 

 

 

Bérangère
Abba
LRM
Oui
   
Sophie
Beaudoin-Hubière
LRM
Oui
Aurore
Bergé
LRM
?
Barbara
Bessot Ballot
LRM
Oui
Christophe
Blanchet
LRM
Oui
Yves
Blein
LRM
Oui
Julie
Borowczyk
LRM
Oui
Brigitte
Bourguignon
LRM
Oui
Anne
Brugnera
LRM
Oui
Carole
Bureau-Bonnard
LRM
Oui
Danièle
Cazarian
LRM
Oui
Syvie
Charrière
LRM
Oui
Mireille
Clapot
LRM
Oui
Christine
Cloarec
LRM
?
Yves
Daniel
LRM
Oui
Jeanine
Dubié
LRM
Oui
Frédérique
Dumas
LRM
Oui
Olivier
Dussopt
LRM
Oui
Olivier
Falorni
LRM
Oui
Emmanuelle
Fontaine-Domeizel
LRM
Oui
Jean-Luc
Fugit
LRM
Oui
Raphaël
Gérard
LRM
 ?
Joël
Giraud
LRM
Oui
Olivia
Grégoire
LRM
Oui
Émilie
Guérel
LRM
Oui
Véronique
Hammerer
LRM
Oui
Pierre
Henriet
LRM
Oui
Sacha
Houlié
LRM
Oui
Monique
Iborra
LRM
Oui
Christophe
Jerretié
LRM
Oui
Hubert
Julien-Laferrière
LRM
Oui
Guillaume
Kasbarian
LRM
?
Stéphanie
Kerbarh
LRM
Oui
Sonia
Krimi
LRM
Oui
François-Michel
Lambert
LRM
Oui
Michel
Lauzzana
LRM
Oui
Sandrine
Le Feur
LRM
Oui
Nicole
Le Peih
LRM
Oui
Charlotte
Lecocq
LRM
Oui
Brigitte
Liso
LRM
Oui
Jacqueline
Maquet
LRM
Oui
Jean-François
Mbaye
LRM
Oui
Ludovic
Mendès
LRM
Oui
Jean-Michel
Mis
LRM
Oui
Paul
Molac
LRM
Oui
Isabelle
Muller-Quoy
LRM
Oui
Sébastien
Nadot
LRM
Oui
Matthieu
Orphelin
LRM
Oui ?
Xavier
Paluszkiewitcz
LRM
Oui
Sophie
Panonacle
LRM
?
Alain
Perea
LRM
Oui
Pierre
Person
LRM
 Oui ?
Damien
Pichereau
LRM
Oui
Sylvia
Pinel
LRM
Oui
Christophe
di Pompeo
LRM
Oui
Cécile
Rihac
LRM
Oui
Mireille
Robert
LRM
Oui
Xavier
Rosseren
LRM
Oui
Laurianne
Rossi
LRM
Oui
Bruno
Studer
LRM
?
Jennifer de
Temmerman
LRM
Oui
Stéphane
Testé
LRM
Oui
Huguette
Tiegna
LRM
Oui
Jean-Louis
Touraine
LRM
Oui
Alain
Tourret
LRM
Oui
Élisabeth
Toutut-Picard
LRM
Oui
Marie-Christine
Verdier-Jouclas
LRM
Oui
Patrick
Vignal
LRM
Oui
Martine
Wonner
LRM
Oui
Hélène
Zannier
LRM
Oui

Delphine 

 Batho

 Nouvelle gauche

 Oui

Laurent
Garcia
Mouv. démocrate
 Oui
Mohamed
Laqhila
Mouv. démocrate
 Oui ?
Michèle
de Vaucouleurs
Mouv. démocrate
 Oui

 

 

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LETTRE OUVERTE À MADAME DE LA TOUR, PRÉSIDENT E DE L'ASSOCIATION D'ACCOMPAGNEMENT ET DE SOINS PALLIATIFS

Madame,

Je m'appelle Marie Godard, suis une modeste écrivain, tout comme l'était mon amie Anne Bert. Je ne vous cache pas que j'ai été très choquée par ce que j’ai lu dans le quotidien Sud-Ouest hier.

Je ne souhaite en rien contester vos compétences mais plutôt porter à votre attention le simple fait que vous êtes, en dépit de vos études et de votre grande expérience des soins palliatifs, mal placée pour nous dire 
- que la loi actuelle est adéquate et qu’il n’y a pas lieu de légiférer,
- que le personnel soignant est en nombre suffisant et a reçu la formation nécessaire pour s’occuper adéquatement des malades en fin de vie, 
- et qu'Anne Bert n'avait pas vraiment matière à se donner la mort car les soins palliatifs auraient pu se charger de lui permettre une fin de vie douce.

Pourquoi dis-je que vous êtes mal placée?

Mais parce que toute votre pratique de l'accompagnement de personnes malades ou en fin de vie, est, par définition, hors cadre, dans la mesure où seul un petit nombre de personnes en fin de vie ont accès à la qualité de soins que vous appelez de vos voeux. Madame, sans vouloir vous blesser, il faut que vous preniez conscience que vous n'êtes pas dans ce qu'il convient d'appeler "la vraie vie", celle des gens qui n'ont pas accès au mieux de ce que la médecine peut offrir, aux EHPADs "de qualité" où le personnel soignant est en nombre suffisant pour pouvoir prendre le temps de s'occuper efficacement des personnes en fin de vie.
Quiconque dirait que ce que vous faites est inutile et que l’Association d’accompagnement et de soins palliatifs ne sert à rien aurait grand tort. À l’évidence, il faut que les soins palliatifs continuent de se développer en France mais ces soins, contrairement à ce que vous pensez et dites chaque fois que l’occasion vous en est donnée, ne répondent pas à tous les cas, tant s’en faut.

J’ajoute qu’il est impossible, en vertu de votre engagement, que vous ne sachiez pas ce qui se passe dans tous ces autres lieux où il y a un grave manque de personnel, où les malades sont livrés à eux-mêmes, laissés dans leurs excréments pendant des nuits entières, hurlant de douleur car les médicaments contre la douleur ne font plus effet, sans que personne ne vienne s’en occuper...
 
Je préfère penser que vous n’êtes pas de mauvaise foi et que les idées dont vous vous faites la porte-parole sont le résultat de la  formation que vous avez reçue pour devenir médecin, où l’on vous a appris qu’il fallait faire l’impossible, aller toujours plus loin, pour empêcher le malade de mourir, mais en oubliant de vous former également, puisque l’un ne saurait aller sans l’autre, pour savoir reconnaître quand le moment est arrivé de dire STOP.  
 
Le rôle du médecin ne se réduit pas à soigner, Madame, ainsi que les Belges l’ont bien compris avant nous. Il doit aussi être celui qui, lorsque le patient est au bout de sa corde — et seul le patient sait jusqu’où il peut aller — accepte sereinement de faire le nécessaire pour que le malade ne souffre plus, même si cela signifie d’interrompre sa vie avec une injection, avec son accord bien évidemment. Cela s’appelle simplement faire preuve d’empathie et d’humanité.
 
Prolonger la vie d’un malade au delà de ce moment est une vaste farce, et très hypocrite de surcroît, puisque cela ne sert à rien d’autre qu’à donner bonne conscience au médecin, peu importe que le malade n’en puisse plus, et peu importe qu’il n’y ait aucune autre issue que la mort à relativement brève échéance. Vous rendez-vous seulement compte de l’absurdité et de l'hypocrisie d’un tel raisonnement? On laisse le malade mourir de soif et de faim mais on ne le tue pas « franchement », ce qui permet au médecin de mieux dormir la nuit. Ai-je bien compris?
 
La seule autre explication que je trouve pour que vous refusiez de prendre en compte ce qui est, pour presque tous les Français, une évidence, est que vous soyez catholique pratiquante et dans ce cas, je vous dirai que vos croyances personnelles n’ont absolument rien à voir avec les lois d’un pays laïque, que tout le monde en France n’est pas croyant et que vous n’avez pas à nous faire supporter vos convictions en la matière.
 
Comment peut-on ignorer que les Français meurent mal en France et affirmer que la loi Claeys-Leonetti est suffisante quand on pratique le métier que vous pratiquez? Avez-vous seulement une idée de l’écart qui existe entre les grands hôpitaux parisiens qui ont des services de soins palliatifs de grande taille et bien équipés, et où le personnel est en nombre suffisant et parfaitement formé à faire ce travail d’accompagnement de gens en fin de vie, et les Ehpad de Gaillac, d’Albi ou Carmaux dans le Tarn? Savez-vous qu’il existe un seul lit de soins palliatifs à Gaillac? Non, à coup sûr, vous ne le savez pas...
 
Dans le cadre d’un travail de bénévolat dans une association d’aide à des gens en fin de vie, mon mari et moi avons notamment accompagné une personne âgée qui était au bord de la mort pendant plusieurs semaines et nous devions vérifier où elle se trouvait chaque fois que nous allions la voir car on la transportait en ambulance plusieurs fois par semaine de Carmaux à Montauban, et retour, (savez-vous seulement où se trouvent ces villes…) car il fallait libérer le seul lit de soins palliatifs disponible à Carmaux pour quelqu’un d’autre ? Pouvez-vous imaginer ce qu’on faisait vivre à cette personne qui n’en pouvait plus de vivre ainsi qu’à ses proches ?

Comme je suis une éternelle optimiste, je vais me dire que vous pouvez encore revoir votre copie et je vais vous donner la possibilité d'avancer dans votre réflexion et de faire évoluer votre opinion sur la fin de vie en France en vous indiquant tout simplement deux sites qu’il vous faut visiter sans tarder, 
 
- celui de la pétition que j'ai lancée le 2 août dernier pour que nous obtenions enfin une loi de type belge sur l'aide active à mourir, où vous verrez des dizaines de milliers de témoignages sur des fins de vie terribles,  https://www.change.org/p/battons-nous-pour-obtenir-une-loi-sur-l-aide-active-%C3%A0-mourir
 
- ainsi que sur un site que j'ai créé il y a quelque temps pour recueillir les témoignages de personnes en fin de vie et de ceux qui les accompagnent www.temoignagesfindevie.fr  et leur donner plus de visibilité. Je reçois une telle quantité de témoignages que les journées ne sont pas assez longues pour tous les prendre en compte. Il y en a déjà près de 200 sur le site, suffisamment pour que vous puissiez vous faire une idée de ce qui se passe en dehors du monde privilégié où vous semblez évoluer.

Vous verrez alors que pour tous ces gens, il arrive un moment où la souffrance devient insupportable et où la vie, qui n'en est plus une, ne vaut plus d'être vécue et peut-être comprendrez-vous que l'on puisse ne pas vouloir être emmuré dans son corps, sans plus pouvoir communiquer autrement qu'avec ses yeux, comme cela allait arriver à Anne Bert, atteinte de la maladie de Charcot, et que l'on choisisse d'interrompre plus tôt cette insupportable marche vers la mort.

Ce qu’Anne craignait, ce n’était pas la façon dont elle aurait été traitée par le personnel soignant autant que l'état dans lequel elle aurait été lorsqu'elle n'aurait plus eu d'autre choix que de quitter sa maison pour se retrouver en soins palliatifs. C'est cette perspective qu'elle ne supportait pas et c’était son droit car personne, ni vous ni qui que ce soit d’autre, n’a le droit de dire à une autre personne ce qu’elle doit endurer et jusqu’où elle doit aller dans la souffrance. Vous ne supporteriez pas, si un jour vous arriviez à ce moment dans votre vie, qu’on vous dise comment et quand vous voulez la terminer. 
 
Si vous ne changez pas d’avis sur le sujet après avoir lu tous ces témoignages, je serai forcée de conclure que votre attitude est présomptueuse et démontre bien que malgré toutes vos connaissances, votre engagement reste superficiel et manque complètement d’ouverture à d’autres façons de voir que la vôtre. J’en aurai pour preuve que vous persistiez à croire, comme Madame de Hennezel, que les soins palliatifs sont l’alpha et l’omega de la fin de vie, alors que c’est faux ainsi que vous le verrez si vous prenez le temps d’aller voir les deux sites dont je vous ai donné les adresses plus haut.
 
Surprenez moi, Madame de la Tour, j’aimerais tant avoir tort!
 
Cordialement,

Marie Godard
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LETTRE OUVERTE À MARIE DE HENNEZEL

Marie de Hennezel était la "personnalité de la semaine" sur France Inter le 7 octobre dernier. À cette occasion elle été interviewée à propos de la fin de vie en France et a notamment commenté le combat d'Anne Bert. 
 
Madame de Hennezel a fait et continue de faire un travail exceptionnel pour améliorer les soins palliatifs en France, personne ne le contestera, et cela est tout à son honneur. J'ai pourtant pensé que ses propos ne reflètent pas une image réaliste de la fin de vie des gens ordinaires en France et que je devais lui faire connaître notre opinion.
 
Voici la lettre que je lui adresse.
 
Madame,
 
Permettez-moi de vous écrire ici puisqu'il n'est pas possible de vous écrire via votre site internet et que votre interview, que l'on peut écouter sur le site de France Inter, n'autorise pas les commentaires.
 
Je m'appelle Marie Godard, suis une modeste écrivain, tout comme l'était mon amie Anne Bert. Je ne vous cache pas que j'ai été extrêmement choquée du discours que vous avez tenu sur France Inter il y a quelques jours.
 
Je ne souhaite en rien contester vos compétences mais plutôt porter à votre attention le simple fait que vous êtes, en dépit de vos études, de vos livres et de votre expérience de thérapeute, mal placée pour nous dire 
 
- que la loi actuelle est suffisante, 
- que le personnel soignant fait tout ce qu'il faut pour aider les malades en fin de vie à ne pas avoir l'impression d'être des paquets, 
- et qu'Anne Bert n'avait pas vraiment matière à se donner la mort car ses raisons ne sont pas recevables, dans la mesure où ce qu'elle exprime de ses craintes dans son livre récemment paru est sans fondement.
 
Pourquoi dis-je que vous êtes mal placée?
 
Mais parce que toute votre pratique de l'accompagnement de personnes malades ou en fin de vie, est, par définition, exceptionnelle, hors cadre, puisqu'un nombre infime de personnes en fin de vie ont accès aux Marie de Hennezel de ce monde. Vous ne pouvez en aucun cas écrire les statistiques en vous basant sur ceux que vous avez rencontrés dans le contexte de la fin de vie.
 
Madame, sans vouloir vous blesser, il faut que vous preniez conscience que vous n'êtes pas dans ce qu'il convient d'appeler "la vraie vie", celle des gens qui n'ont pas accès au mieux de ce que la médecine peut offrir, aux EHPADs "de qualité" où le personnel soignant est en nombre suffisant pour pouvoir prendre le temps de s'occuper vraiment des personnes en fin de vie.
 
Vous n'avez pas la moindre idée de ce qui se passe dans tous ces autres lieux où vous n'aurez jamais, je vous le souhaite, l'occasion de mettre les pieds.
 
On ne peut pas dire qu'on sait que les Français meurent bien et que la loi Claeys-Leonetti est suffisante quand on écrit sur François Mitterand, sur sa fin de vie et sur la relation privilégiée que l'on a eue avec lui.
 
Vous ne mesurez pas l'écart qui existe entre les soins qui ont été prodigués à cet homme et ceux que reçoivent les lambdas qui se retrouvent dans un EHPAD de Gaillac dans le Tarn. Aucune idée.
 
Mais comme je vous espère plus ouverte et disposée à revoir votre copie que ce qu'on pourrait croire, je vais vous donner la possibilité d'avancer dans votre réflexion et de faire évoluer votre opinion sur la fin de vie en France en vous rendant tout simplement sur deux sites, celui de la pétition que j'ai lancée le 2 août dernier pour que nous obtenions enfin une loi de type belge sur l'aide active à mourir, où vous verrez des dizaines de milliers de témoignages sur des fins de vie terribles, ainsi que sur un site que j'ai créé il y a deux mois pour recueillir les témoignages de personnes en fin de vie et de ceux qui les accompagnent.
 
Je reçois une telle quantité de témoignages que les journées ne sont pas assez longues pour tous les prendre en compte. Il y en a déjà approximativement 150 sur le site, en tout cas, suffisamment pour que vous puissiez vous faire une idée de ce qui se passe en dehors du monde privilégié où vous évoluez.
 
Vous verrez alors que pour tous ces gens, il arrive un moment où la souffrance devient insupportable et où la vie, qui n'en est plus une, ne vaut plus d'être vécue et peut-être comprendrez-vous que l'on puisse ne pas vouloir être emmuré dans son corps, sans plus pouvoir communiquer autrement qu'avec ses yeux, comme cela allait arriver à Anne Bert, atteinte de la maladie de Charcot, et que l'on choisisse d'interrompre avant cette insupportable marche vers la mort.
 
Le "paquet" dont elle parle, vous en avez mal compris le sens. Ce n'est pas la façon dont elle aurait été traitée par le personnel soignant autant que l'état dans lequel elle aurait été lorsqu'elle n'aurait plus eu d'autre choix que de quitter sa maison pour se retrouver en soins palliatifs. C'est cette perspective qu'elle ne supportait pas.
 
Je terminerai en disant que vous n'avez pas le droit de dire, comme vous le faites, que l'on n'a pas besoin d'arrêter de vivre avant la fin car il y a tout ce qu'il faut pour qu'on reste jusqu'au bout. Vous n'avez pas le droit de le dire car c'est faux ainsi que vous le verrez si vous prenez le temps d'aller voir le site et la pétition.
 
Le lien vers le site de témoignages est le suivant: www.temoignagesfindevie.fr 
 
et voici le lien vers la pétition, laquelle, je vous le signale, a obtenu, en l'espace de deux mois, plus de 220.000 signatures, un nombre qui croît rapidement chaque jour.
 
https://www.change.org/p/battons-nous-pour-obtenir-une-loi-sur-l-aide-active-%C3%A0-mourir
 
Cordialement,
 
Marie Godard 

 

 

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LA TRIBUNE DU DOCTEUR DEVALOIS

J'ose à peine vous faire connaître la vile tribune qu'a publiée Le Figaro le 21 septembre dernier, mais je vais le faire quand même car il faut que vous sachiez tous jusqu'où l'on peut aller dans l'ignominie. 

 

Ce qui suit est une honte pour tous les médecins qui font preuve d'empathie et qui seraient disposés, dans certaines conditions prévues par une loi, à aider les malades qui sont au bout du rouleau à mourir.

 

Chers lecteurs, je vous invite à commenter ce texte. Je mettrai ensuite vos commentaires ce site pour que ce "Docteur" sache ce que vous pensez de lui.

 

Voici sa tribune:

 

Bernard Devalois : «Anne Bert, vérité médicale et faux-semblants médiatiques»

 

Par Bernard Devalois 

 
 

Le Figaro

Publié le 21/09/2017 à 16h28

 

TRIBUNE - Pour le médecin travaillant en soins palliatifs, il n'est pas question dans cette affaire de liberté de mourir mais d'assistance médicale au suicide.

Bernard Devalois est médecin, directeur du Centre de recherche et d'enseignement interprofessionnel bientraitance et fin de vie. Auteur des Mots de la fin de vie, Presses universitaires du Midi ; 2016.

 
 

Depuis quelques jours enfle la rumeur médiatique concernant la situation de Mme Bert et son témoignage concernant sa mort prochaine par euthanasie en Belgique. Il apparaît indispensable d'apporter un certain nombre de précisions pour éclairer le débat.

La maladie de Charcot (sclérose latérale amyotrophique) peut prendre différentes formes dont certaines conduisent à une paralysie complète des membres, alors que d'autres formes vont surtout conduire à des difficultés à ingérer la nourriture. Cette maladie peut aussi conduire à l'impossibilité de respirer sans assistance. 

 

La cause que veut servir Mme Bert n'est pas celle de la liberté de mettre fin à ses propres jours mais bien un plus que discutable droit à recevoir une injection létale par un médecin.

 

Rien lors des différentes apparitions médiatiques de Mme Bert ne permet de penser qu'elle est actuellement dans une phase terminale de sa maladie. Mais elle peut redouter dans un avenir plus ou moins proche être confronté à une telle situation. Les progrès de la médecine palliative et les évolutions législatives récentes (loi de 2016) permettent désormais d'autres perspectives que de subir un acharnement thérapeutique insupportable ou bien de mourir dans d'atroces souffrances. Laisser croire le contraire serait une bien mauvaise action vis-à-vis de tous les patients qui sont atteints de SLA. Pour Mme Bert, comme pour tous les autres, le choix (évidement terrible) se pose entre accepter un maintien en vie par des techniques lourdes (assistance respiratoire et/ou nutritionnelle) permettant de prolonger la vie de plusieurs années, ou bien d'accepter la fin de sa propre vie, sans souffrances physiques, avec un apaisement psychique et un accompagnement incluant ses proches. Bien entendu, il existe une alternative supplémentaire: décider de mettre fin de manière anticipée à sa propre vie. Cette liberté est offerte à chacun y compris à Mme Bert. Présenter la situation comme liberticide est à l'évidence un abus de langage.

 

En fait la cause que veut servir Mme Bert n'est pas celle de la liberté de mettre fin à ses propres jours mais bien un plus que discutable droit à recevoir une injection létale par un médecin. C'est cette question oxymorique du suicide mis en œuvre par un tiers dont il est question en réalité. Quelques pays ont mis en œuvre ce qu'ils ont considéré comme des solutions acceptables à cette revendication. La Suisse autorise de fait des associations à mettre en œuvre un suicide assisté par des bénévoles. L'Oregon, suivi par d'autres États des États-Unis, a légalisé la Kill Pill, pilule fournie sous certaines conditions à des malades souhaitant pouvoir mettre fin à leurs jours au moment qu'ils choisiront. Enfin les pays du Benelux ont mis en œuvre des dispositifs législatifs permettant de mettre fin aux jours de patients qui le réclament par le moyen d'une injection létale, pratiquée par un médecin. Ils ont été suivis depuis dans cette voie par le Québec, puis par le Canada tout entier. Mais ce qui pose un grave problème, c'est que ce sont des médecins qui doivent réaliser le geste létal à la place de l'intéressé. On ne fera pas ici, faute de place, un bilan (qui serait critique) des quinze ans de pratiques euthanasiques en Belgique par exemple, mais il est singulier à bien des égards que Mme Bert mette en avant son projet de partir en Belgique (et non en Suisse par exemple). Elle veut que ce soit un médecin qui mette fin à ses jours, alors que rien ne le justifie sur un plan médical puisqu'elle n'est pas en fin de vie ni ne semble présenter un tableau de souffrances réfractaires (c'est-à-dire contre lesquelles la médecine serait 

impuissante malgré la mise en œuvre des moyens nécessaires). Pourtant, la Belgique a toujours affirmé ne pas vouloir favoriser un «tourisme euthanasique». L'embarras des médecins belges face à cette demande est d'ailleurs notable, car ils craignent que cet exemple ne crée un afflux de demandes qu'il serait complexe pour eux de satisfaire en respectant la loi belge qui exige un lien durable entre le patient qui réclame l'injection létale et le médecin qui va la pratiquer.

 

C'est l'honneur de notre société que de proposer à Anne Bert un soutien solidaire et fraternel face à une si terrible maladie. Est-ce le cas d'une assistance pharmacologique au suicide ?

 

En fait, la seule demande à laquelle ne répond pas le dispositif français est la mise en œuvre par un médecin de son éventuelle décision de se suicider sans y procéder elle-même. Contrairement à de nombreux raccourcis médiatiques, elle n'est pas privée de liberté de choisir (personne ne l'empêche de mettre fin à ses jours). Elle a la garantie de mourir dans la dignité au vrai sens du terme (pas dans l'euphémisme qui utilise ce concept pour désigner d'une manière un peu hypocrite la mort par une injection létale effectuée par un médecin). Elle a également l'assurance qu'aucun acharnement thérapeutique ne sera mis en œuvre, qu'elle pourra à tout moment renoncer à un traitement de maintien artificiel en vie. Elle a la garantie que si son pronostic vital est menacé à court terme et qu'elle présente des souffrances réfractaires aux traitements elle pourra obtenir d'être endormie profondément et de manière irréversible (sédation profonde et continue). Elle a aussi l'assurance que durant le temps qui lui reste avant d'en arriver à cette situation terminale tout sera mis en œuvre pour prendre en compte ses symptômes physiques et psychiques. Elle a enfin la garantie d'être accompagnée, ainsi que ses proches, dans les mois à venir dans les épreuves difficiles qui s'annoncent. C'est l'honneur de notre société que de lui proposer son soutien solidaire et fraternel face à la vulnérabilité induite par une si terrible maladie. Est-ce le cas d'une assistance pharmacologique au suicide ? La mise en œuvre dans notre pays d'un tel dispositif législatif mériterait effectivement un vrai débat citoyen et non des amalgames simplistes. Un tel débat permettait peut-être, au-delà de l'apparent intérêt de cette approche libertarienne, de mesurer la complexité pour une société d'encourager le suicide de certains de ses citoyens tout en cherchant à prévenir celui d'autres citoyens…

 

Cliquez ici pour écouter la réponse d'Anne Bert.

 
 

 

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PROJET DE LOI SUR LA FIN DE VIE PRÉSENTÉ PAR JEAN-LOUIS TOURAINE: CE QUE J'EN PENSE

Un certain nombre de députés m'ont récemment transmis par mail le projet de loi sur la fin de vie qu'a présenté Jean-Louis Touraine, projet qui est co-signé, à ce jour, par 53 députés. Si cette loi est votée, elle constituera incontestablement une  avancée et permettra à la majorité des Français d'envisager une mort plus douce que ce que permet la loi actuelle. Je n'aurais eu aucun autre commentaire à formuler si je n'avais pas lu un entretien qu'a donné Monsieur Touraine au magazine Pourquoi Docteur? le 19 septembre dernier.

 

Quand je lis cet entretien, il me vient un crainte et elle est de taille, puisque je crois comprendre que les trois médecins ne seront pas simplement appelés à décider du bien fondé de la demande, et plus précisément  " toute personne majeure et capable, en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable provoquant une douleur physique ou une souffrance psychique insupportable, peut demander à bénéficier d’une assistance médicalisée active à mourir ". * mais qu'ils seront également ceux qui décideront du moment où l'euthanasie ou l'aide à mourir sera pratiquée, comme l'illustre clairement ce qu'a dit Monsieur Touraine à propos du cas d'Anne Bert.

"Dans un cas similaire à celui de Mme Bert, il pourrait par exemple estimer qu’il (le comité de trois médecins) est trop tôt, que la situation médicale du patient ne justifie pas encore une aide à mourir. Sans que cela lui ôte la possibilité de refaire une demande quelques semaines plus tard, si les symptômes se sont aggravés."*

Je suis profondément choquée car cela revient à dire que, comme avec la loi Claeys-Leonetti, ce ne sera pas le malade -- dont le diagnostic et le pronostic vital ont été confirmés par les médecins -- qui décidera du moment où il veut mettre fin à sa vie, mais ce comité médical.

 

La décision restera donc entre les mains des médecins qui diront, à la place du malade, si celui-ci est suffisamment souffrant pour justifier qu'on l'aide à mourir. Bref, nous ne serons toujours pas maîtres de notre fin de vie!

 

Et par ailleurs, je ne vois nulle part dans le texte de loi la prise en compte des directives anticipées dans le cas où le malade n'est plus en état de formuler sa demande au comité de médecins.

 

Imaginons un accidenté de la route, paralysé et privé de parole ou une personne en état avancé de la maladie d'Alzheimer, qui aurait précisé dans ses directives anticipées qu'il ne souhaite pas vivre dans de telles conditions, pour ne citer que ces deux cas.

 

Dans la mesure où ces personnes ne seraient pas "capables" (mot utilisé dans le projet de loi), faut-il comprendre qu'elles seraient vouées à vivre jusqu'à son terme une vie qui n'en est plus une? 

 

J'ai écrit à Monsieur Touraine en lui demandant des précisions sur ce qui précède et j'espère qu'il saura nous rassurer...

 

*Extraits de l'article paru le 19 septembre 2017 dans Pourquoi Docteur.

  

 

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MERCI DU FOND DU COEUR!

Je ne peux pas espérer trouver le temps de remercier les centaines de personnes qui m'ont fait part de leurs encouragements alors je vous écris, à tous et à chacun, ce petit mot pour vous dire à quel point vous m'avez fait du bien.

 

C'est grâce à vous que je vais continuer à faire vivre cette pétition et votre rôle est d'autant plus important que j'avais vraiment pris la décision, vendredi soir, de rendre mon tablier tant j'étais découragée que mes efforts suscitent autant de jalousie et de mauvaise foi.

 

Grâce à vos messages, j'ai vu plus clair dans le rôle que je suis appelée à jouer et j'ai accepté, je l'espère, une bonne fois pour toutes, que je ne ferais pas d'omelettes sans casser d'oeufs, mais que cela était sans importance car cette pétition n'a pas été mise en ligne pour savoir si Marie Godard est aimée ou pas, mais pour savoir si les Français, comme les signataires de cette pétition en sont convaincus, veulent vraiment que soit enfin votée une vraie loi sur l'aide active à mourir. 

 

Ce n'est pas moi qui ai signé 205.000 fois cette pétition, c'est chacun d'entre vous.

 

Et sans vos signatures, nous n'irons nulle part!

 

Il faut que la démocratie en France ne fasse pas qu'une courte apparition une fois tous les cinq ans, à l'occasion de l'élection présidentielle. Ce que veulent les Français doit être pris en compte chaque jour, par ceux que NOUS AVONS ÉLUS. Peu importe qui est au pouvoir dans notre pays, ces personnes doivent comprendre que nous ne leur avons pas signé un chèque en blanc et qu'ils doivent entendre nos demandes et y répondre. 

 

Ceci étant posé, nous allons donc continuer, tous ensemble, à faire progresser cette pétition, et là je vais me répéter et vous prie de m'en excuser, jusqu'à ce qu'elle soit devenue INCONTOURNABLE.

 

Voyez un peu: si chacun d'entre vous obtient d'un seul parent ou ami qu'il signe la pétition, nous arriverons rapidement à 500.000 signataires, le chiffre magique pour que le CESE la prenne en compte, le CESE à qui j'ai écrit deux fois et qui ne m'a toujours pas répondu...

 

Vous n'imaginez pas comme il est difficile et frustrant d'écrire à des gens qui n'ont pas l'élégance d'accuser réception de nos courriers, à la limite du supportable de constater que notre combat pour le bien mourir en France a si peu d'importance que les destinataires de nos missives ne se donnent même pas la peine d'y répondre. Mais ils ne savent pas encore qui ils ont devant eux et ils n'ont pas encore mesuré l'ampleur et la force de notre détermination.

 

Certains ont répondu et je ne veux pas les oublier: Véronique Sanson et aussi  Brigitte Lahaie qui m'a fait savoir par un membre de son équipe, qu'elle avait signé la pétition, Christian Rauth et André Comte-Sponville, tous trois membres du Comité d'honneur de l'ADMD. Et je les en remercie!

 

Notre bataille est une affaire de coeur, notre coeur qui nous dit que nous n'avons pas le droit de laisser mourir les gens que l'on aime, pas plus d'ailleurs que de parfaits inconnus, de les laisser dans une souffrance qui dépasse celle que chacun d'eux peut supporter. Vous avez besoin de vous rafraîchir la mémoire sur ce à quoi peut ressembler une fin de vie à la française*? Il vous suffit de lire les témoignages de malades et de proches sur ce site et vous comprendrez de quoi je parle. 

 

Cela n'arrive pas qu'aux autres. Personne n'est à l'abri d'un AVC, d'un accident de voiture, d'un cancer incurable ou d'une maladie neurodégénérative... Nous devons nous battre comme si c'était à nous que l'on interdisait de choisir quand et comment nous allons mourir lorsque nous estimerons être arrivés au bout du chemin de notre vie. Il suffit de penser à ceux que l'on aime, de se demander si nous supporterions qu'il traversent une fin de vie comme celle que vivent des milliers de Français chaque année, faute d'une loi qui leur permette de bien mourir dans leur pays.

 

Je vous aime, tous, et vous remercie du fond du coeur de m'accompagner avec autant de chaleur.

 

Marie

 

* Je ne dis pas que tout le monde meurt mal en France, je parle de ce qui arrive fréquemment, faute de loi adaptée.

 

P.S. N'oubliez pas: Vous obtenez qu'une seule personne de votre entourage signe la pétition et nous allons rapidement arriver à 500.000 signataires. 

 

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